Dossier — Esprit critique

La « drogue du zombie »

Anatomie d'un mot qui fabrique des sous-humains

« Drogue du zombie ». Le mot revient tous les trois ou quatre ans, accroché à une molécule différente à chaque fois. Aujourd'hui c'est la xylazine. On va regarder deux choses : ce que ce mot fait réellement aux gens — parce que ça se mesure — et ce qu'il y a derrière, pharmacologiquement.

Un mot qui voyage de molécule en molécule

En 2012, c'étaient les « bath salts » — des cathinones de synthèse type MDPV. Vers 2018 au Royaume-Uni, c'était la « monkey dust », c'est-à-dire l'alpha-PVP. Entre-temps, les cannabinoïdes de synthèse ont produit leurs « spice zombies ». Aujourd'hui, c'est la xylazine. À chaque fois, la même formule : drogue du zombie. À chaque fois, une molécule différente.

C'est le premier indice. Si un même mot peut désigner un stimulant, un cannabinoïde de synthèse et un sédatif α2-adrénergique — trois pharmacologies qui n'ont rigoureusement rien à voir entre elles — c'est que ce mot ne décrit pas une molécule. Il décrit des gens. Et il les décrit d'une manière très précise : comme des corps qui bougent encore mais qui ne sont plus tout à fait de la même espèce que nous.

Ce dossier n'est pas un plaidoyer sentimental. Il existe des données. On va les regarder.

Déshumaniser : de quoi on parle exactement

La déshumanisation, en psychologie sociale, c'est le fait de refuser à un groupe une partie ou la totalité des attributs de l'humanité. Elle peut être subtile — on accorde moins d'émotions complexes, moins de profondeur intérieure, moins de raison à l'autre groupe qu'au sien — ou brutale, quand on lui retire purement et simplement le statut d'humain.

Le procédé passe très souvent par la métaphore : on compare les membres du groupe visé à des entités non humaines menaçantes, sans pensée, sans affect, ou à des animaux et des objets qui déclenchent le dégoût. Le zombie coche toutes les cases d'un coup. Dans l'imaginaire occidental contemporain, c'est un mort ramené à la vie, incapable de parler ou de se déplacer normalement, qui dévore les vivants, avec de la chair en décomposition.

Ce n'est pas gratuit. Quand un groupe est déshumanisé de cette manière, on observe une baisse de l'empathie et de l'entraide entre groupes, une désinhibition de l'agressivité, et un soutien renforcé aux réponses punitives. La réponse culturellement associée au zombie, c'est la mise à distance extrême ou l'élimination de la personne infectée. C'est ce script-là qu'on active quand on écrit « drogue du zombie » en titre.

L'effet retour : se voir dans le miroir qu'on vous tend

Une personne peut aussi savoir qu'elle est perçue comme moins humaine, et intérioriser ce regard. Les travaux sur l'auto-déshumanisation montrent que l'ostracisme diminue l'évaluation qu'on fait de sa propre humanité, augmente la honte et la culpabilité, et réduit la recherche d'aide. Autrement dit : le mot ne s'arrête pas au titre de l'article. Il finit par entrer dans la tête des personnes concernées, et par leur coûter des soins.

Ce que ça produit, concrètement : l'expérience de 2025

Jusqu'en 2025, tout le monde le supposait sans l'avoir testé. Les analyses de contenu médiatiques et les revues critiques concluaient toutes que ce type de cadrage aggrave la stigmatisation, mais aucune étude expérimentale n'avait mesuré l'effet d'un article de presse déshumanisant sur l'opinion publique.

Une étude britannique Sumnall, H. R., et al. (2025). 'Zombie drugs': Dehumanising news frames and public stigma towards people who use drugs. International Journal of Drug Policy, 136, 104714.
DOI:10.1016/j.drugpo.2025.104714
publiée dans l'International Journal of Drug Policy a comblé ce trou. Le protocole est simple et propre : 1 417 adultes recrutés sur un panel représentatif de la population britannique (sexe, âge, origine), plan factoriel randomisé, analyse pré-enregistrée. 1 235 réponses ont été retenues après contrôles d'attention.

Chaque participant lisait un faux article de presse, présenté comme une page de la BBC, annonçant l'arrivée d'une nouvelle substance dans le marché illégal. La substance était inventée — « Pedril » — pour neutraliser tout ce que les gens avaient pu lire ailleurs. Six versions circulaient, croisant trois textes (neutre et scientifique ; « drogue zombie » ; « transforme les gens en zombies ») et deux images (une analyse de laboratoire ; des personnes immobiles sous l'effet de produits, du type de celles qu'on voit systématiquement dans ce genre d'articles).

La stigmatisation était mesurée par une échelle de 13 items adaptée de l'AQ-SUD, qui explore la responsabilité attribuée, les émotions négatives, l'absence d'empathie et le désir de mise à distance sociale. Score de 13 à 117 : plus c'est haut, plus c'est stigmatisant.

Tab. 1
Score de stigmatisation selon le cadrage du texte
Version du texte Score moyen (± écart-type) vs. texte neutre
Neutre
vocabulaire descriptif et scientifique
64,2 ± 17,7 référence
« Drogue zombie »
l'attribut est collé au produit
69,9 ± 17,2 p < 0,001
« Transforme les gens en zombies »
l'attribut est collé aux personnes
68,5 ± 18,0 p = 0,001
Effet de l'image seule Aucun effet principal, aucune interaction avec le texte

Score total sur une échelle de 13 à 117 points ; un score plus élevé traduit des attitudes plus stigmatisantes. Les deux formulations « zombie » ne diffèrent pas significativement l'une de l'autre (p = 0,464).

Sumnall et al. (2025). International Journal of Drug Policy, 136, 104714. N = 1 235 adultes, échantillon représentatif, Royaume-Uni, juillet 2024.

Trois enseignements. Un : il suffit d'un seul article, lu une seule fois, pour déplacer mesurablement les attitudes d'un échantillon national. Deux : peu importe qu'on colle le mot au produit ou aux personnes — « drogue zombie » fait le même travail que « transforme en zombies ». L'argument du « on parle du produit, pas des gens » ne tient pas devant les données. Trois : c'est le texte qui fait le dégât, pas la photo. L'image de personnes immobiles dans la rue, prise isolément, n'a pas suffi ; elle semble n'activer l'association qu'une fois le mot posé à côté.

Le détail qui devrait clore le débat

Les scénarios de l'étude étaient calqués sur une vague de reprises médiatiques réelle : celle qui a suivi, en avril 2024, la publication d'un travail britannique documentant la présence de xylazine dans le marché illégal du pays.

Or ni l'étude, ni son communiqué de presse n'employaient le mot « zombie ». Il a été ajouté par les rédactions. Et la même année, un communiqué officiel du Home Office annonçant le classement de la xylazine l'employait à son tour.

Le mot n'a donc rien de scientifique. Il est ajouté en aval, par des gens qui décident de la manière dont l'information sera vendue.

Ce que l'étude ne montre pas

Rigueur oblige : le soutien aux dispositifs de réduction des risques, lui, n'a pas bougé entre les conditions. Les auteurs avancent deux explications possibles : les descriptions des dispositifs n'étaient pas intégrées à l'article lu, et les scores de soutien étaient déjà très hauts partout — un probable effet plafond.

Autres limites que l'on assume de rappeler : exposition unique, mesure immédiate, attitudes déclarées et non comportements, sur-représentation des diplômés du supérieur et des électeurs de gauche dans l'échantillon. Enfin, les auteurs n'ont pas mesuré directement la déshumanisation : ils montrent que le cadrage augmente la stigmatisation, pas par quel mécanisme exact il le fait.

Le modèle final expliquait environ 40 % de la variance des scores. Les facteurs associés à plus de stigmatisation : le cadrage zombie, l'absence de diplôme du supérieur, un conservatisme politique élevé, un vote à droite plutôt qu'à gauche — et, ce qui compte pour la suite, une faible familiarité avec des personnes usagères de drogues. Moins tu connais quelqu'un de concerné, plus le mot a de prise sur toi.

Pourquoi les rédactions s'y accrochent

Il n'y a pas besoin de supposer de la méchanceté. Il suffit de regarder l'économie du secteur. Trois logiques se superposent, et elles n'ont pas le même statut moral.

Capter l'attention

Dans un environnement médiatique commercial saturé, la métaphore non humaine est un raccourci extrêmement rentable pour arracher un clic. Elle ne coûte rien à produire et fonctionne immédiatement.

Expliquer vite

Face à un produit inconnu du public, l'analogie fournit une référence familière — simpliste, mais économique. C'est la seule des trois logiques qui ait une intention pédagogique.

Faire peur pour dissuader

L'idée que terroriser le public détournera les gens de consommer. Elle est ancienne, et rien ne montre qu'elle fonctionne.

Signaler une position

Le choix de la métaphore peut aussi être un signal éditorial : il indique au lectorat quelle réaction adopter face aux personnes concernées, en cohérence avec la ligne politique du titre.

Ce dernier point mérite qu'on s'y arrête. Le cadrage métaphorique oriente les réponses politiques jugées acceptables : décrire la criminalité comme une « bête » plutôt que comme un « virus » produit une préférence pour la répression plutôt que pour l'action sur les causes. Le zombie, lui, appelle la mise à l'écart.

Un point important pour qui voudrait cibler ses critiques : au Royaume-Uni, les auteurs de l'étude ont recensé les usages du terme dans la presse et ont constaté qu'ils ne dépendaient pas de l'orientation politique du titre. Le même constat avait été fait aux États-Unis. Ce n'est pas un problème de « certains journaux ». C'est un réflexe de métier.

Et c'est bien là que se joue la question du respect : dans un secteur en concurrence permanente pour l'attention, la dignité des personnes dont on parle est la première variable d'ajustement. Elle ne se défend pas toute seule, parce que les personnes concernées n'ont ni relais, ni budget, ni droit de réponse.

La facture se paie au guichet du soin

On pourrait se dire : des mots, ce ne sont que des mots. Sauf que la stigmatisation est un déterminant documenté de l'accès aux soins, et qu'on sait assez précisément comment elle opère.

Une étude qualitative new-yorkaise Muncan, B., et al. (2020). "They look at us like junkies": influences of drug use stigma on the healthcare engagement of people who inject drugs in New York City. Harm Reduction Journal, 17, 53.
DOI:10.1186/s12954-020-00399-8
a mené 32 entretiens semi-directifs avec des personnes usagères par voie injectable, entre août 2019 et février 2020, avec un codage indépendant par trois personnes. Le titre est une citation d'une participante : « They look at us like junkies ». Elle enchaîne, en substance, sur le fait qu'elle saigne, aime et déteste comme n'importe qui d'autre.

78,1 %

des personnes interrogées rapportaient au moins un épisode de stigmatisation dans leur parcours de soin.

71,9 %

décrivaient une stigmatisation agie : propos blessants, attitudes méprisantes, plaintes requalifiées d'office en « recherche de produit ».

59,4 %

décrivaient une stigmatisation anticipée : la peur, fondée sur l'expérience, d'être mal traitées — qui conduit à ne pas y aller du tout.

62,5 %

rapportaient à l'inverse des expériences positives de soin dans un programme d'échange de seringues.

La chaîne causale décrite est nette. Une personne est traitée avec mépris à l'hôpital. Elle apprend. Elle anticipe. Elle repousse le recours aux soins jusqu'à ce que le problème devienne une urgence. Résultat : allongement du délai entre l'apparition d'un problème — infection, overdose, souffrance psychique — et sa prise en charge. Sur une population qui cumule déjà surmortalité, hépatite C, VIH, endocardites et infections des tissus mous, c'est un désastre sanitaire parfaitement évitable.

Un détail qui pique : plusieurs participants attribuaient explicitement le basculement d'attitude d'un soignant à un moment précis — celui où les traces d'injection deviennent visibles. Avant : quelqu'un de sympathique. Après : une orientation expéditive vers les urgences.

Autre point, et il est plus grave qu'il n'en a l'air : les participants ne rapportaient presque pas de stigmatisation intériorisée. Les auteurs l'attribuent au contre-récit fourni par le programme d'échange de seringues, où les équipes — souvent avec un vécu partagé — ne jugent pas. Là où ces structures n'existent pas, ce contrepoids disparaît.

Ce que l'étude ne permet pas de faire, en revanche : estimer une fréquence. Trente-deux personnes recrutées dans un dispositif new-yorkais très bien doté, ce n'est pas un échantillon représentatif, et les personnes qui ne fréquentent aucune structure ont probablement d'autres expériences encore. Une étude qualitative documente des mécanismes et des vécus, pas des taux.

Le soignant qui ne soigne plus

Il faut nommer ce qui se passe ici sans confort. Un professionnel de santé qui requalifie une plainte en manipulation, qui abrège une consultation, qui parle d'une personne à voix haute devant elle : ce n'est pas de la maladresse individuelle, c'est le produit d'un climat.

Ce climat, personne ne le fabrique tout seul. Mais quand un titre de presse publie « drogue du zombie », il alimente le stock d'images dans lequel puisera, quelques semaines plus tard, un soignant fatigué à trois heures du matin. La déshumanisation ne reste jamais dans le journal.

Déshumaniser, c'est aussi une politique

La littérature est explicite sur ce point : la déshumanisation des personnes usagères a été utilisée politiquement pour se décharger de la responsabilité des déterminants systémiques des dommages liés aux drogues, et pour justifier la discrimination et l'inégalité de traitement.

Le mécanisme est connu en science politique sous le nom de construction sociale des populations cibles : on classe les groupes en méritants et non-méritants, et cette classification détermine ensuite qui reçoit des ressources et qui reçoit des sanctions. La stigmatisation intergroupe sert précisément à établir des positions préférentielles quand les ressources sont limitées — un budget de santé publique, par exemple.

Traduction concrète. Si les personnes concernées ne sont pas vraiment des personnes, alors :

  • ne rien financer n'est pas un abandon, c'est de la rigueur budgétaire ;
  • ne pas ouvrir de salle de consommation à moindre risque n'est pas un choix sanitaire, c'est de la fermeté ;
  • une mort par overdose n'est pas un décès évitable, c'est une conséquence logique ;
  • et personne n'a à rendre de comptes sur le logement, la psychiatrie ou la précarité qui ont mené là.

C'est aussi pour cela que l'étude de 2025 est utile bien au-delà de la question du vocabulaire : elle transforme une intuition militante en résultat mesuré. Le soutien du public est une composante réelle de la fabrique des politiques publiques. Déplacer l'opinion, c'est déplacer ce qui est politiquement possible.

Et derrière le mot, il y a quoi ?

Passons à la partie pharmacologique, parce qu'il y a bien un produit, et qu'il pose bien des problèmes — simplement pas ceux qu'on raconte.

La xylazine Iacopetta, D., et al. (2025). Xylazine, a Drug Adulterant Whose Use Is Spreading in the Human Population from the U.S. to the U.K. and All Europe: An Updated Review. Applied Sciences, 15(6), 3410.
DOI:10.3390/app15063410
est un agoniste α2-adrénergique de synthèse, mis au point en 1962 comme analogue de la clonidine. Elle n'a jamais été approuvée pour l'usage humain — les hypotensions sévères et la dépression du système nerveux central l'ont écartée d'emblée. Elle est restée en médecine vétérinaire, comme sédatif, analgésique et myorelaxant, souvent en association avec la kétamine. Sur le marché illégal, on l'appelle « tranq » ou « tranq dope ».

Son mécanisme n'a rien d'opioïde. En stimulant les récepteurs α2 présynaptiques, elle bloque la libération de neurotransmetteurs — dont la noradrénaline — d'où la sédation, la relaxation musculaire et la baisse de la pression artérielle. Chez l'humain, on décrit léthargie, somnolence, bradycardie, hypotension, hyperglycémie et, dans les cas graves, apnée nécessitant une intubation.

Pourquoi elle est là

Elle n'est presque jamais recherchée par les personnes qui la consomment. C'est un adultérant, principalement du fentanyl : elle coûte peu, elle est facile à se procurer, et elle rallonge un effet opioïde devenu très bref. La revue rapporte le récit typique de son apparition : d'abord des usagers qui remarquent une sédation inhabituelle et pensent avoir affaire à « du bon fentanyl », puis des syndromes de manque qui arrivent plus vite qu'attendu, puis les plaies.

Chronologie et ampleur, telles que documentées dans la revue : identifiée à Porto Rico en 2001, à Philadelphie en 2006. Dans cette ville, la xylazine était retrouvée dans moins de 2 % des overdoses mortelles à l'héroïne ou au fentanyl entre 2010 et 2015 — et dans 31 % en 2019. La DEA l'a saisie dans 48 États. Premier décès documenté au Royaume-Uni : Birmingham, mai 2022. Premier cas mortel rapporté dans l'Union européenne, sur de l'héroïne adultérée : en Italie.

Les plaies : ce qui est établi, et ce qui ne l'est pas

C'est le point où l'imagerie « zombie » puise le plus. Les lésions existent : la xylazine peut provoquer des ulcérations cutanées et des nécroses aux sites d'injection, parfois si graves qu'une amputation devient nécessaire, et ces plaies apparaissent aussi à distance du point d'injection.

Le mécanisme le plus souvent avancé est la vasoconstriction induite par la stimulation adrénergique, qui entrave la cicatrisation ; un agonisme direct sur les récepteurs opioïdes κ a également été proposé. La revue présente ces deux pistes comme des hypothèses mécanistiques, pas comme un fait démontré. À cela s'ajoutent des facteurs qui n'ont rien de pharmacologique : l'absence de matériel stérile, l'impossibilité de se laver, le fait de dormir dehors, et le report des soins — c'est-à-dire, précisément, ce que produit la stigmatisation décrite plus haut.

Tab. 2
Xylazine — ce que la littérature documente, ce qu'elle ne dit pas
Affirmation Statut
Sédation profonde et relâchement musculaire Documenté — effet α2 attendu
Ulcérations et nécroses cutanées Documenté ; mécanisme encore hypothétique
Absence d'antidote approuvé chez l'humain Documenté
La naloxone lève les effets de la xylazine Non — elle agit sur les opioïdes associés, pas sur la xylazine
Une posture caractéristique propre à la xylazine Non établi — polyconsommation quasi systématique, sédation opioïde confondante
Une dose létale connue Non établie — rôle dans les décès confondu par les autres substances
Une transformation du comportement en « zombie » Aucun support pharmacologique. C'est une figure de style, pas une observation clinique.

Synthèse établie à partir d'une revue narrative de 2025 ; le niveau de preuve d'une revue narrative est faible par construction, et plusieurs des points ci-dessus reposent sur des séries de cas ou des données animales.

Iacopetta et al. (2025). Applied Sciences, 15(6), 3410.

Sur la posture, soyons précis, parce que c'est l'image qui circule le plus. Une sédation profonde avec relâchement musculaire produit évidemment des positions inhabituelles et prolongées. Mais dans la quasi-totalité des situations documentées, la xylazine est consommée avec des opioïdes puissants, qui produisent déjà cet effet à eux seuls. Attribuer une posture spécifique à la xylazine plutôt qu'au mélange n'est pas soutenu par les données disponibles. La revue rappelle d'ailleurs que le rôle propre de la xylazine dans les décès reste difficile à isoler pour exactement la même raison.

Deux points méritent en revanche une vraie attention sanitaire, et ils sont sous-traités par la presse à sensation : il n'existe aucun antidote approuvé chez l'humain, et le principal métabolite de la xylazine, la 2,6-xylidine, est classé par le CIRC dans le groupe 2B des cancérogènes possibles. Voilà les sujets sérieux.

Contexte français : les données citées ici décrivent les marchés états-unien, britannique et européen. À la date de rédaction, aucune donnée d'ampleur ne documente une diffusion comparable en France. Pour l'actualité de la surveillance nationale, réfère-toi à l'OFDT et à l'EUDA plutôt qu'aux reprises de presse.

Ce que dit la littérature toxicologique elle-même

Détail qui a son importance : la recommandation d'éviter le terme « drogue du zombie » ne vient pas d'un collectif militant. Elle est reprise dans la revue toxicologique de 2025 elle-même, au motif que ce terme amplifie la stigmatisation des personnes qui consomment et qui s'injectent.

Autrement dit, les toxicologues qui décrivent le produit demandent qu'on arrête d'employer le mot que la presse leur emprunte pour parler de leur travail.

Réduction des risques : ce qui est réellement utile

Si le sujet t'intéresse pour des raisons pratiques et pas seulement critiques, voilà ce que la littérature met en avant face à une contamination du marché par un sédatif de ce type. Aucune de ces mesures n'a jamais fait vendre un titre.

  • Rien ne se voit à l'œil nu. Un produit contaminé n'a ni couleur ni odeur particulière. L'analyse est le seul moyen de savoir.
  • Bandelettes de détection. Des bandelettes spécifiques à la xylazine existent depuis 2023 ; elles supposent d'être correctement utilisées et expliquées.
  • Dose test. Commencer par une quantité réduite sur un produit inconnu ou d'origine nouvelle.
  • Voie d'administration. L'injection est la voie la plus à risque, en particulier pour les lésions cutanées.
  • Hygiène d'injection. Ne jamais partager ni réutiliser le matériel, désinfecter avant, alterner les sites, et ne jamais injecter dans une zone déjà lésée.
  • Naloxone quand même. Elle ne neutralise pas la xylazine, mais l'opioïde qui l'accompagne presque toujours, si. Elle reste indispensable.
  • Consulter après une overdose, y compris si la naloxone a fonctionné : une overdose impliquant ce type d'adultérant peut nécessiter une prise en charge supplémentaire.
  • Soin des plaies. Une plaie qui s'étend, qui noircit ou qui creuse relève d'un avis médical, pas de l'automédication.

Et une dernière, qui ne figure dans aucune liste toxicologique mais qui découle directement de tout ce qui précède : une personne qui n'a pas peur d'être humiliée consulte plus tôt. C'est probablement la mesure de réduction des risques la moins chère qui existe.

Ce qu'on retient

« Drogue du zombie » n'est pas une catégorie pharmacologique. C'est une formule qui a désigné successivement des cathinones, des cannabinoïdes de synthèse et un sédatif vétérinaire, sans jamais rien décrire d'autre que le dégoût de celui qui l'écrit.

Ce qu'on sait maintenant, et qu'on ne savait pas avant 2025, c'est que ce n'est pas neutre : un seul article suffit à rendre un échantillon national mesurablement plus stigmatisant. Ce qu'on savait déjà, c'est où finit cette stigmatisation — dans un couloir d'hôpital, sur une plainte qu'on n'écoute pas, sur une consultation qu'on n'ira pas prendre.

Le produit, lui, mérite d'être décrit correctement : un adultérant sédatif, sans antidote humain approuvé, responsable de plaies graves, et dont les effets propres restent difficiles à isoler d'une polyconsommation. Ça se dit en une phrase, sans métaphore.

Si tu écris sur ces sujets : les termes existent, ils sont précis, et ils n'empêchent personne de comprendre. Si tu lis sur ces sujets : quand un titre te propose un monstre, demande-toi ce qu'on est en train de te faire accepter pendant que tu regardes ailleurs.

Bibliographie

Sources et références

  • Sumnall, H. R., Holland, A., Atkinson, A. M., Montgomery, C., Nicholls, J., & Maynard, O. M. (2025). 'Zombie drugs': Dehumanising news frames and public stigma towards people who use drugs. International Journal of Drug Policy, 136, 104714.
    DOI: 10.1016/j.drugpo.2025.104714
    ECR · Niveau 6Qualité bonneArgument causalConfiance modérée
  • Muncan, B., Walters, S. M., Ezell, J., & Ompad, D. C. (2020). "They look at us like junkies": influences of drug use stigma on the healthcare engagement of people who inject drugs in New York City. Harm Reduction Journal, 17, 53.
    DOI: 10.1186/s12954-020-00399-8
    QualitatifQualité bonneExpérience vécue / contexteConfiance modérée
  • Iacopetta, D., Catalano, A., Aiello, F., Andreu, I., Sinicropi, M. S., & Lentini, G. (2025). Xylazine, a drug adulterant whose use is spreading in the human population from the U.S. to the U.K. and all Europe: an updated review. Applied Sciences, 15(6), 3410.
    DOI: 10.3390/app15063410
    Revue narrative · Niveau 0,5Qualité moyenneSynthèse des preuvesConfiance faible