Dossier — Société

Une génération sous psychotropes ?

Ce que les données françaises montrent vraiment — et ce qu’elles ne disent pas

En 2023, 936 000 personnes de 12 à 25 ans ont obtenu au moins un remboursement de médicament psychotrope en France — 144 000 de plus qu’en 2019, alors que cette population n’a augmenté que de 3 %. Derrière ce chiffre, une formule circule partout : « les jeunes prennent de plus en plus de psychotropes ». Elle n’est pas fausse. Mais elle écrase tout ce qui rend le phénomène compréhensible : qui exactement, quelles molécules, depuis quand, et surtout — est-ce qu’on traite plus de monde, ou les mêmes personnes plus longtemps ? Ce dossier déplie les données françaises, série par série, en séparant à chaque étape ce qui est établi de ce qui reste hypothétique.

Un chiffre vrai, une formule piégée

Les données convergent : oui, davantage de jeunes reçoivent des médicaments psychotropes en France qu’il y a quelques années. Mais l’évolution n’est ni uniforme, ni réductible à une courbe unique qui monterait partout, pour tout le monde et pour toutes les molécules. Le signal réel est triple : depuis 2020, plus d’adolescent·es et de jeunes adultes reçoivent au moins un psychotrope — surtout des antidépresseurs ; chez les mineur·es déjà traité·es, les délivrances deviennent plus répétées, plus longues et plus souvent combinées ; et la hausse récente est largement concentrée chez les adolescentes et les jeunes femmes.

936 00012–25 ans traité·es en 2023
+18 %en 4 ans (pop. : +3 %)
+60 %antidépresseurs 2019→2023
62 %de filles et jeunes femmes
+45 %chez les filles de 12–15 ans
3,94 %prévalence 3–17 ans en 2023

Chacun de ces chiffres vient d’une source précise, avec un périmètre précis — et c’est exactement pour ça qu’on ne peut pas les additionner en un seul récit de « génération médicamentée ». Ce dossier les prend un par un.

La question qui structure tout le dossier : une hausse des remboursements peut venir de plus de personnes traitées, de traitements plus longs, ou des deux. Les réponses sont différentes selon l’âge — et elles ne racontent pas la même histoire.

D’où viennent ces chiffres

L’essentiel de ce qu’on sait repose sur des bases médico-administratives : les données de remboursement de l’Assurance Maladie. L’étude pivot de ce dossier, publiée en 2025 par Ponnou et ses collèguesPonnou, S., Briffault, X., Aragno, V., Thomé, B., & Gonon, F. (2025). La prescription de médicaments psychotropes chez l’enfant et l’adolescent en France : caractéristiques et évolution entre 2010 et 2023. Neuropsychiatrie de l’Enfance et de l’Adolescence., analyse l’Échantillon du Système national des données de santéESND — échantillon permanent représentant 2 % de la population française, tiré du Système national des données de santé (SNDS), qui centralise les remboursements de soins et de médicaments. sur la période 2010–2023, chez les 0–17 ans. Elle couvre antipsychotiques, anxiolytiques, hypnotiques, antidépresseurs et psychostimulants, mais aussi antiépileptiques et antiparkinsoniens. Les jeunes adultes, eux, sont éclairés par les données de la Caisse nationale d’Assurance Maladie (12–25 ans, 2015–2023) et par deux études nationales récentes.

⚠ Ce qu’une base de remboursement mesure vraiment

Une délivrance remboursée prouve qu’un médicament a été prescrit et retiré en pharmacie — pas qu’il a été consommé, ni qu’il était pertinent. Les diagnostics, la sévérité des troubles et la réponse au traitement y sont mal renseignés ou absents. Les antiépileptiques comptabilisés peuvent viser une épilepsie ou des douleurs, pas un trouble psychique. Et des changements réglementaires ou d’accès aux médicaments peuvent déplacer les courbes indépendamment de l’état de santé réel. Ces bases sont excellentes pour mesurer des tendances de délivrance ; elles ne démontrent ni causalité, ni pertinence clinique.

Deux notions reviennent constamment et méritent d’être posées dès maintenant : la prévalencePrévalence — proportion de personnes ayant reçu au moins une délivrance sur une période donnée. Elle compte tout le monde : nouveaux traitements et traitements en cours. compte toutes les personnes traitées une année donnée ; l’incidenceIncidence — proportion de personnes commençant un traitement une année donnée (nouveaux cas). Si la prévalence monte alors que l’incidence stagne, c’est que les traitements durent plus longtemps. ne compte que celles qui commencent un traitement. La suite du dossier tient entièrement dans l’écart entre ces deux courbes.

Chez les mineur·es : pas plus de débuts de traitement, des traitements plus lourds

Entre 2011 et 2023, la prévalence de la consommation de psychotropes chez les 3–17 ans passe de 3,25 % à 3,94 % — environ +21 % en valeur relative. La hausse est plus marquée chez les 6–11 ans (+39 %) que chez les 12–17 ans (+11 %). Pendant ce temps, l’incidence diminue légèrement, de 2,30 % à 2,14 %.

Fig. 1Prévalence annuelle de la consommation de psychotropes chez les mineur·es (2011 vs 2023)
0 % 1,5 % 3 % 4,5 % 6 % 3,25 % 3,94 % 3–17 ans 2,32 % 3,22 % 6–11 ans 4,96 % 5,49 % 12–17 ans 2011 2023

Source : Ponnou et al. (2025), Échantillon du SNDS (2 % de la population). Incidence : 2,30 % (2011) → 2,14 % (2023).

Ce découplage est le résultat le plus important de l’étude. La hausse ne vient pas principalement d’une explosion du nombre de nouveaux patient·es chaque année. Elle vient de personnes qui restent traitées, avec des délivrances plus répétées, plus prolongées, et plus souvent associées à d’autres psychotropes.

Fig. 2Nombre annuel de délivrances par patient·e traité·e chez les mineur·es : évolution 2010→2023
0 +50 % +100 % +150 % Hypnotiques +137 % Antidépresseurs +88 % Antiépileptiques +62 % Antipsychotiques +50 % Psychostimulants +40 %

Source : Ponnou et al. (2025). Indicateur d’intensité des traitements : nombre de délivrances par personne traitée, pas nombre d’usagers.

⚠ Attention à la lecture de ces pourcentages

« +137 % pour les hypnotiques » ne signifie pas que le nombre d’usagers d’hypnotiques a augmenté de 137 %. C’est le nombre de délivrances par personne traitée qui a augmenté d’autant : un indicateur de répétition et de durée des traitements, pas d’effectifs.

Le cumul le plus parlant : le nombre de mois d’exposition aux psychotropes, toutes classes confondues, passe de 80 à 138 mois pour 1 000 personnes entre 2010 et 2023 — avec une accélération nette entre 2021 et 2023. Les poly-prescriptions (plusieurs classes de psychotropes en parallèle) sont fréquentes. On traite un noyau de population plus longtemps et plus intensément, davantage qu’on n’élargit le cercle des personnes traitées.

+76 %de mois d’exposition
pour 1 000 personnes
(80 → 138, 2010–2023)

12–25 ans : la rupture de 2020

Chez les 12–25 ans, la chronologie est frappante — et elle contredit l’idée d’une dérive lente et continue. Entre 2015 et 2020, le taux de jeunes recevant au moins un psychotrope baisse légèrement. Puis, à partir de septembre 2020, tout bascule.

2015–20
Légère baisse du taux de 12–25 ans recevant au moins un psychotrope remboursé.
Sept. 2020
Rupture de tendance. Les délivrances repartent à la hausse, quelques mois après le premier confinement.
2021
+12 % de jeunes traité·es en un an.
2022
Quasi-stabilité (environ +1 %).
2023
Nouvelle hausse de +5 %. Le taux atteint 81 personnes traitées pour 1 000, contre 71 ‰ en 2019.
Fig. 3Variation annuelle du nombre de 12–25 ans recevant au moins un psychotrope remboursé
+0 % +5 % +10 % +12 % 2021 rupture post-sept. 2020 +1 % 2022 quasi-stabilité +5 % 2023 nouvelle hausse

Source : Caisse nationale d’Assurance Maladie (rapport 2025). Taux global : 71 ‰ (2019) → 81 ‰ (2023), soit +15 %.

Cette forme de courbe — baisse, rupture nette, plateau, reprise — plaide pour un effet d’accélération associé à la période pandémique, plutôt que pour la simple poursuite d’une tendance ancienne. L’Assurance Maladie elle-même juge la progression suffisamment préoccupante pour demander un diagnostic partagé sur ses causes et ses conséquences. On verra plus bas que « associé à la pandémie » ne veut pas dire « causé par les confinements » — la nuance compte.

Qu’est-ce qui augmente le plus ? Ça dépend de la question

« Quel psychotrope explose chez les jeunes ? » n’a pas une réponse, mais trois — selon l’indicateur qu’on choisit. C’est un cas d’école de lecture critique des statistiques.

En nombre de jeunes concerné·es : les antidépresseurs

Entre 2019 et 2023, le nombre de 12–25 ans ayant reçu un antidépresseur augmente de 60 % — environ 143 600 personnes supplémentaires. C’est de très loin le signal le plus massif en effectifs. Les antipsychotiques progressent d’environ 38 %, les anxiolytiques de 8 % — ces derniers restant toutefois parmi les psychotropes les plus fréquemment prescrits, malgré une progression bien plus lente.

Fig. 4Variation du nombre de 12–25 ans traité·es entre 2019 et 2023, par classe
0 +20 % +40 % +60 % Antidépresseurs +60 % Antipsychotiques +38 % Anxiolytiques +8 %

Source : données publiées à partir du rapport 2025 de l’Assurance Maladie. Antidépresseurs : ≈ +143 600 personnes.

En variation relative post-2020 : les hypnotiques et sédatifs

Une série temporelle interrompueSérie temporelle interrompue — méthode qui prolonge la tendance observée avant un événement (ici, mars 2020) pour estimer ce qui se serait passé sans lui, puis compare cette trajectoire attendue aux valeurs réellement observées après. nationale portant sur plus de 8,8 millions de prescriptions délivrées aux 6–17 ans entre 2016 et mai 2022 a comparé les taux observés après mars 2020 à la trajectoire attendue. Chez les adolescent·es, l’écart est spectaculaire pour les hypnotiques — mais ils partent d’un niveau absolu très faible : leur bond relatif ne signifie pas qu’ils concernent le plus de jeunes.

Fig. 5Écart entre taux observés et attendus après mars 2020, chez les adolescent·es
0 +50 % +100 % +150 % Hypnotiques / sédatifs +150 % Antidépresseurs +38 % Anxiolytiques +30 % Antipsychotiques +12 % Psychostimulants pas d’excès significatif vs tendance attendue

Source : Valtuille et al. (2024), JAMA Network Open — 8 839 143 prescriptions, 6–17 ans, France, 2016–mai 2022. Les psychostimulants ne dépassent pas significativement leur trajectoire attendue.

Sur le long terme : les psychostimulants

Le méthylphénidate suit une trajectoire à part : une hausse ancienne, régulière, antérieure au Covid. Entre 2010 et 2019, délivrances, fréquence et durée des traitements progressent fortement ; la prévalence estimée chez les 3–17 ans atteint environ 0,61 à 0,75 % en 2019. Plusieurs mécanismes peuvent y contribuer : reconnaissance plus fréquente du TDAH, rattrapage d’un niveau français historiquement bas, prolongation des traitements à l’adolescence, élargissement de l’accès aux prescripteurs spécialisés en ville, évolution du regard social et médical sur le TDAH. Le fait que les psychostimulants ne dévient pas de leur trajectoire après mars 2020 (Fig. 5) confirme que leur hausse ne doit pas grand-chose à la pandémie.

Tab. 1
Synthèse — quatre questions, quatre réponses différentes
IndicateurÉvolution dominante
Plus grande hausse en nombre de jeunesAntidépresseurs
Plus forte hausse relative post-2020Hypnotiques/sédatifs — mais niveau initial très faible
Tendance longue la plus continuePsychostimulants (méthylphénidate)
Classe très prescrite mais progressant peuAnxiolytiques
Changement transversal le plus importantPlus de répétition, de durée et de poly-prescription

Une hausse portée par les adolescentes et les jeunes femmes

Si on ne devait retenir qu’une seule ligne de partage dans ces données, ce serait celle-ci. Entre 2019 et 2023, le nombre de filles et de jeunes femmes de 12–25 ans recevant un psychotrope augmente de 20 % — et de 45 % chez les filles de 12–15 ans. Elles représentent désormais 62 % des 12–25 ans traité·es.

L’étude nationale de Fond et ses collègues, qui couvre environ 20 millions de personnes de 25 ans ou moins entre 2016 et 2023, retrouve la même asymétrie : l’accélération post-pandémique est nettement plus marquée chez les femmes, notamment pour les antidépresseurs et le méthylphénidate. Elle observe en parallèle une augmentation des consultations psychiatriques et des hospitalisations pour tentative de suicide, surtout parmi les adolescentes et jeunes femmes. Une autre étude nationale (2015–2022) retrouve chez les 12–18 ans et les 19–25 ans une hausse prolongée des antidépresseurs, anxiolytiques et hypnotiques — généralement plus prononcée chez les femmes — alors que ces consommations sont stables ou en baisse dans une partie des groupes plus âgés.

Cet écart entre les sexes n’est pas qu’une affaire d’ordonnances. Il coïncide avec des indicateurs cliniques lourds : en 2025, le taux d’hospitalisation pour tentative de suicide ou automutilation chez les filles de 10–19 ans atteignait 482 pour 100 000 — près du double de la moyenne 2012–2019. Les courbes de prescription ne montent pas dans le vide : elles montent en même temps que des signaux de détresse mesurables.

482hospitalisations pour geste
auto-infligé / 100 000
filles de 10–19 ans (2025)

Pourquoi ça augmente ? Cinq explications — pas toutes au même niveau de preuve

C’est ici que les raccourcis font le plus de dégâts. Cinq mécanismes sont plausibles, souvent simultanés — mais ils ne sont pas tous étayés de la même façon. On les classe du mieux au moins bien démontré.

1. Une dégradation objectivable de la santé mentale

C’est l’explication la mieux étayée, en particulier pour les antidépresseurs, anxiolytiques et hypnotiques. Chez les 18–24 ans, la prévalence annuelle d’un épisode dépressif caractérisé est passée de 11,7 % en 2017 à 20,8 % en 2021. Chez les collégien·nes et lycéen·nes, les indicateurs s’étaient fortement dégradés entre 2018 et 2022, surtout chez les filles. Attention toutefois à ne pas raconter une chute linéaire et uniforme : les données EnCLASS 2024 montrent une amélioration du bien-être déclaré et un recul de la solitude par rapport à 2022, mais aussi une hausse du risque important de dépression chez les lycéen·nes (19 %) et la persistance d’indicateurs suicidaires élevés. Le tableau est contrasté, pas monotone.

2. Le Covid comme accélérateur — pas comme cause unique

Les séries temporelles montrent une rupture nette après mars–septembre 2020, ce qui rend crédible un rôle de la crise sanitaire : isolement, désorganisation scolaire et familiale, incertitude, deuils, difficultés économiques, soins interrompus ou retardés, troubles du sommeil et symptômes anxio-dépressifs en hausse. Mais ces études montrent une association temporelle robuste, pas une causalité individuelle : elles ne prouvent pas que les confinements ou le virus expliquent chaque prescription. Et plusieurs tendances étaient déjà là avant 2020 — dégradation de certains indicateurs chez les jeunes femmes, progression continue du méthylphénidate. La pandémie a probablement amplifié un phénomène préexistant plutôt que créé le problème.

3. Davantage de repérage et de demandes de soins

Une partie de la hausse peut refléter une meilleure reconnaissance de la dépression, des troubles anxieux, du TDAH ou des troubles bipolaires, une stigmatisation en recul, davantage de jeunes demandant de l’aide, et la poursuite à l’âge adulte de traitements commencés dans l’enfance. Ce point est décisif pour le TDAH, longtemps sous-diagnostiqué et peu traité en France. Il interdit d’interpréter automatiquement toute hausse comme une « surprescription » : une courbe qui monte peut aussi être un rattrapage.

4. Un système de soins saturé, qui peut favoriser la réponse médicamenteuse

En 2022, chez les mineur·es :

72 %des psychotropes prescrits
par des généralistes
9 %par des psychiatres ou
pédopsychiatres
7 %par des pédiatres

Ça ne veut pas dire que les prescriptions des généralistes sont injustifiées. Mais quand l’accès à la pédopsychiatrie, aux centres médico-psychologiques et aux psychothérapies se compte en mois d’attente, le médicament peut devenir la réponse disponible le plus vite. La baisse du nombre de pédopsychiatres et les tensions hospitalières constituent une explication structurelle plausible — sans qu’on puisse chiffrer quelle part de la hausse leur est attribuable.

5. Des inégalités sociales importantes

Dans l’étude Ponnou, 30 % des mineur·es recevant un psychotrope se trouvaient en situation sociale défavorisée — et jusqu’à 50 % parmi celles et ceux recevant un antipsychotique. Plusieurs mécanismes peuvent coexister : exposition accrue aux événements défavorables, troubles plus sévères, moindre accès aux interventions non médicamenteuses, parcours de soins différents, recours plus tardif. Ces données ne permettent pas de conclure que la précarité « cause » directement la prescription — mais elles montrent que la question des psychotropes chez les jeunes est aussi une question sociale.

L’angle mort : la pertinence des prescriptions

C’est la section la plus importante pour un usage honnête de ces chiffres. Les bases de remboursement disent combien, quoi, à qui et depuis quand. Elles ne disent presque rien sur la question qui fâche : ces prescriptions sont-elles justifiées ?

Ce que les données établissent

Une hausse réelle des délivrances depuis 2020 chez les 12–25 ans ; une intensification des traitements chez les mineur·es (durée, répétition, poly-prescription) avec une incidence stable ; une concentration marquée chez les adolescentes et jeunes femmes ; une coïncidence temporelle avec la dégradation d’indicateurs de santé mentale.

Ce qu’elles ne permettent pas de savoir

Si le diagnostic était correct ; si les recommandations ont été suivies ; si une psychothérapie a été proposée ou était accessible ; si le traitement était efficace et surveillé ; si la durée était justifiée ; si l’usage était hors AMM ; si les associations de médicaments étaient pertinentes — et même si le médicament a été pris.

Conséquence directe : conclure de ces données seules à une « médicalisation abusive » ou à un simple « rattrapage nécessaire » serait scientifiquement incorrect dans les deux sens. Les deux mécanismes peuvent coexister selon les classes de médicaments, les territoires et les situations individuelles.

Ce qu’on retient

En France, les délivrances de psychotropes aux adolescent·es et jeunes adultes ont nettement augmenté depuis 2020, après une période de stabilité ou de légère baisse chez les 12–25 ans. Cette progression concerne d’abord les antidépresseurs et d’abord les jeunes femmes. Chez les mineur·es, la hausse de la prévalence traduit surtout des traitements plus longs, plus répétés et plus souvent combinés — pas une vague de nouveaux débuts de traitement, puisque l’incidence reste stable.

Ces données sont compatibles avec une augmentation réelle des besoins en santé mentale, amplifiée par la crise sanitaire. Mais elles ne permettent pas, à elles seules, de départager quatre mécanismes qui peuvent tous jouer en même temps : un meilleur repérage, un rattrapage thérapeutique, des prescriptions par défaut faute d’accès aux soins non médicamenteux, et des prescriptions potentiellement inadéquates. Quiconque te vend une seule de ces quatre histoires comme la vérité va au-delà de ce que les données autorisent — dans un sens comme dans l’autre.

Évaluation DRUGZ de la source principale

Chez DRUGZ, le niveau de preuve d’une étude dépend de la question qu’on lui pose, et se distingue de la qualité de sa réalisation. Une base nationale de remboursements est particulièrement adaptée à une question de prévalence — et structurellement incapable de trancher une question de causalité ou de pertinence clinique.

  • Ponnou, S., Briffault, X., Aragno, V., Thomé, B., & Gonon, F. (2025). La prescription de médicaments psychotropes chez l’enfant et l’adolescent en France : caractéristiques et évolution entre 2010 et 2023. Neuropsychiatrie de l’Enfance et de l’Adolescence.
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    Observationnel · Niveau 4Qualité bonneSurveillance pharmacoépidémiologiqueConfiance élevée (tendances)
Tab. 2
Grille de lecture — même étude, trois niveaux de confiance
Question poséeConfiance
Les délivrances de psychotropes aux jeunes ont-elles augmenté, et dans quel sens ?Élevée
Quelle est l’ampleur clinique réelle de ces évolutions ?Modérée
Quelles sont les causes de ces évolutions ?Faible

Niveau de preuve : 🟨 Niveau 4 — Jaune. Étude observationnelle sur base médico-administrative. Excellente pour mesurer des tendances de délivrance en population ; ne démontre ni la causalité, ni la pertinence clinique de chaque prescription.

Points forts : échantillon représentatif (2 % de la population), 14 ans de recul, prévalence + incidence + durée + poly-prescription. Limites : délivrance ≠ consommation, diagnostics absents, antiépileptiques à indications mixtes, impossibilité de distinguer surprescription et rattrapage, effets réglementaires non isolables.

Bibliographie

Source principale

  • Ponnou, S., Briffault, X., Aragno, V., Thomé, B., & Gonon, F. (2025). La prescription de médicaments psychotropes chez l’enfant et l’adolescent en France : caractéristiques et évolution entre 2010 et 2023. Neuropsychiatrie de l’Enfance et de l’Adolescence.
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Études nationales complémentaires

  • Valtuille, Z., Acquaviva, E., Trebossen, V., Ouldali, N., Bourmaud, A., Sclison, S., et al. (2024). Psychotropic Medication Prescribing for Children and Adolescents After the Onset of the COVID-19 Pandemic. JAMA Network Open, 7(4), e247965.
    DOI: 10.1001/jamanetworkopen.2024.7965
  • Fond, G., Pauly, V., Brousse, Y., Llorca, P.-M., Cortese, S., et al. (2025). Mental Health Care Utilization and Prescription Rates Among Children, Adolescents, and Young Adults in France. JAMA Network Open, 8(1), e2452789.
    DOI: 10.1001/jamanetworkopen.2024.52789
  • Lamer, A., et al. (2024). Évolution des délivrances de psychotropes par âge et par sexe en France, 2015–2022.
    Référence à compléter
  • Ponnou, S., Haliday, H., Thomé, B., & Gonon, F. (2022). La prescription de méthylphénidate chez l’enfant et l’adolescent en France : caractéristiques et évolution entre 2010 et 2019. Neuropsychiatrie de l’Enfance et de l’Adolescence.
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  • Acquaviva, E., et al. (2009). Psychotropic medication in the French child and adolescent population: prevalence estimation from health insurance data and national self-report survey data. BMC Psychiatry.
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  • Kovess, V., et al. (2015). Psychotropic medication use in French children and adolescents (données nationales 2010).
    Référence à compléter

Données institutionnelles

  • Caisse nationale d’Assurance Maladie. (2025). Rapport Charges et produits — données sur les délivrances de psychotropes chez les 12–25 ans, 2015–2023.
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  • Santé publique France. Enquête EnCLASS — santé mentale déclarée des collégien·nes et lycéen·nes (vagues 2018, 2022 et 2024).
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  • DREES. Hospitalisations pour gestes auto-infligés, par âge et par sexe, 2012–2025.
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