6-(2-Aminopropyl)benzofuran
Le 6-APB, parfois vendu sous le nom « Benzofury », est un psychotrope de synthèse de la famille des benzofuranes, aux effets entactogènes, stimulants et légèrement psychédéliques.
Les effets
Le 6-APB est généralement décrit comme plus proche de la MDA que de la MDMA : empathie, stimulation, euphorie émotionnelle, intensification tactile et musicale, avec une composante visuelle plus présente chez certain·es usager·es. Sa durée est nettement plus longue que celle de la MDMA : c’est un point central de réduction des risques, car le redosage trop précoce augmente fortement la charge cardiovasculaire et sérotoninergique.
Les effets varient fortement selon le sel utilisé, la pureté, la présence d’isomères ou d’impuretés, la tolérance individuelle et les mélanges. Les informations ci-dessous doivent être lues comme des repères de réduction des risques, pas comme une prédiction fiable de l’expérience.
Les dosages
Le dosage du 6-APB est plus incertain que celui de substances mieux caractérisées. Les formes vendues peuvent être sous forme HCl, succinate ou sous forme non clairement identifiée ; à masse égale, cela change la quantité réelle de 6-APB actif. Les tableaux ci-dessous restent des repères indicatifs, à croiser avec l’analyse du produit et une approche prudente.
Dosages indicatifs
Dosages (par voie)
| Effets | Oral |
|---|---|
| Légers | 30 - 60 mg |
| Moyens | 60 - 90 mg |
| Forts | 90 - 120 mg |
| Très forts | 120 + mg |
Valeurs indicatives — dépendant de la pureté, tolérance et méthode d'administration.
Durée / Phases
| Phases | Oral |
|---|---|
| Début | 1.5 - 3 h |
| Effets principaux | 3 - 4 h |
| Descente | 2 - 3 h |
| Effets résiduels | 6 - 48 h |
Durées approximatives — sujettes à variation suivant la dose, voie et métabolisme individuel.
Calculateurs de dosage
Le 6-APB est une substance dont la pureté peut varier. Il est important de connaître la puissance de votre produit pour adapter votre consommation.
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La pharmacologie
Le 6-APB (6-(2-aminopropyl)benzofurane) est un entactogène de synthèse de la classe des phényléthylamines et des benzofuranes. Structurellement, c'est un analogue de la MDA dans lequel le cycle méthylènedioxyphényle est remplacé par un cycle benzofurane. Les analogues benzofuraniques de la MDA ont été explorés dans les années 1990, puis le 6-APB a circulé comme nouveau produit de synthèse à partir de la fin des années 2000/début des années 2010, notamment sous le nom commercial « Benzofury ».
Profil pharmacologique
CID 9794343
Mode d'action Libérateur et inhibiteur de la recapture de sérotonine, noradrénaline et dopamine. Agoniste puissant du récepteur 5-HT2B.
Mécanisme d'action
D'après la littérature disponible (Iversen et al., 2013 ; Rickli et al., 2015 ; Brandt et al., 2020), le 6-APB agit selon un double mécanisme : il force la libération des monoamines (SNDRA) et bloque simultanément leur recapture (SNDRI). C'est un profil similaire à celui de la MDA, dont il est l'analogue benzofuranique. Son trait pharmacologique le plus distinctif est son agonisme puissant du récepteur 5-HT2B — une cible sur laquelle il se montre plus affin et plus sélectif que la MDMA elle-même.
Les trois neurotransmetteurs-clés
Le 6-APB libère massivement la sérotonine (EC50 = 36 nM) tout en inhibant sa recapture (IC50 = 930 nM). C'est ce qui produit l'empathie, l'euphorie émotionnelle et le sentiment de connexion caractéristiques de l'expérience — un profil entactogène comparable à celui de la MDA. La descente et la fatigue post-expérience s'expliquent par cette vidange sérotoninergique.
Empathie · Euphorie · Connexion émotionnelleLe 6-APB est un puissant libérateur de noradrénaline (EC50 = 14 nM, Ki NET = 117 nM). Concrètement : accélération du rythme cardiaque, dilatation des pupilles, hausse de la température corporelle et sensation d'énergie stimulante. C'est la composante « speedy » de l'expérience.
Énergie · Éveil · Stimulation physiqueContrairement à la MDMA, le 6-APB libère la dopamine de façon relativement marquée (EC50 = 10 nM, Ki DAT = 150 nM). Ce ratio dopaminergique plus élevé explique que l'expérience puisse être perçue comme plus « euphorisante » et plus récréative que celle de la MDMA, tout en restant nettement en-deçà d'un psychostimulant classique.
Plaisir · Récompense · MotivationAu-delà des principaux neurotransmetteurs impliqués
Le 6-APB ne se limite pas à son action sur les trois grandes monoamines. Plusieurs cibles secondaires modulent l'expérience et conditionnent le profil de risques.
C'est la particularité du 6-APB : il est un agoniste extrêmement puissant du récepteur 5-HT2B (Ki = 3,7 nM ; EC50 = 140 nM ; Emax = 70 %). Il montre une sélectivité 100 fois supérieure pour ce récepteur par rapport aux 5-HT2A et 5-HT2C — bien plus que la MDMA. Ce récepteur est impliqué dans la régulation cardiovasculaire : son activation chronique est associée à un risque de valvulopathie cardiaque, comme observé avec la fenfluramine (retirée du marché pour cette raison).
Le 6-APB est aussi un agoniste partiel du 5-HT2A (EC50 = 5 900 nM ; Emax = 43 %) et montre une affinité pour le 5-HT2C (Ki = 270 nM). Le 5-HT2A est la cible principale des psychédéliques — ce qui explique les légers effets visuels que certaines personnes rapportent, notamment à dose élevée. L'activité au 5-HT2C pourrait expliquer l'effet coupe-faim parfois rapporté.
Le 6-APB se lie avec une affinité élevée au récepteur α2C-adrénergique (Ki = 45 nM). La signification clinique de cette interaction chez l'humain reste mal comprise, mais elle pourrait moduler la libération de noradrénaline et contribuer à certains effets cardiovasculaires et cognitifs.
Une affinité modérée pour le 5-HT1A (Ki = 1 500 nM) a été rapportée. Ce récepteur est connu pour ses effets anxiolytiques et prosociaux — il pourrait contribuer à la composante de relaxation et de bien-être émotionnel que certains usager·es décrivent.
L'addictivité
Potentiel addictif
Le potentiel addictif du 6-APB est généralement considéré comme inférieur à celui des stimulants dopaminergiques classiques, parce que la montée est lente, la durée longue et la récupération souvent coûteuse. Cela ne signifie pas que le risque est nul. La libération de dopamine et de noradrénaline peut renforcer l’envie de répéter l’expérience, surtout dans des contextes festifs où la substance est associée à la musique, au lien social et à la sexualité.
Le risque augmente avec les doses élevées, les redosages, les sessions longues, la consommation rapprochée sur plusieurs week-ends, ou l’utilisation du produit pour compenser fatigue, isolement, anxiété sociale ou humeur basse. Comme pour les autres entactogènes sérotoninergiques, espacer largement les prises permet de limiter la tolérance, la descente et l’appauvrissement temporaire des ressources physiologiques.
Point de vigilance spécifique : une expérience longue et agréable ne signifie pas que le corps récupère vite. La récupération peut prendre plusieurs jours, surtout après manque de sommeil, danse prolongée, chaleur, alcool ou autres stimulants.
Évaluez vos consommations — DUDIT
Le Drug Use Disorder Identification Test Ce questionnaire est réadapté du DUDIT, utilisé par de nombreux professionnels de santé en addictologie. Hildebrand, M. (2015). The psychometric properties of the drug use disorders identification test (DUDIT): a review of recent research. Journal of Substance Abuse Treatment, 53, 52-59. DOI:10.1016/j.jsat.2015.01.008, ou DUDIT, est un test que vous pouvez faire si vous avez un doute sur votre consommation. Seul·e vous pourrez voir le résultat.
Le questionnaire s'affiche une question à la fois. Répondez à la question actuelle pour passer à la suivante.
Les risques sur la santé
Risques cardiovasculaires
Le 6-APB augmente la charge cardiovasculaire via la noradrénaline : hausse de la fréquence cardiaque, hausse de la pression artérielle, vasoconstriction possible, transpiration et augmentation de la température corporelle. Chez une personne prédisposée, cela peut favoriser palpitations, malaise, crise hypertensive ou trouble du rythme. Le risque augmente nettement avec la chaleur, la danse prolongée, le manque de sommeil, la déshydratation et les stimulants associés.
Le point spécifique au 6-APB est son activité sur le récepteur 5-HT2B. L’activation répétée ou prolongée de ce récepteur est une alerte théorique pour les valves cardiaques, par analogie avec d’autres agonistes 5-HT2B. Cela ne permet pas de quantifier précisément le risque chez l’humain avec des usages occasionnels, mais c’est une raison solide d’éviter la répétition fréquente et les périodes d’usage chronique.
Hyperthermie et hyponatrémie
Comme les entactogènes stimulants, le 6-APB peut perturber la thermorégulation. En club ou en festival, la combinaison chaleur + danse + produit stimulant peut mener à une hyperthermie. Les signes d’alerte sont une sensation de surchauffe, confusion, agitation inhabituelle, peau très chaude, faiblesse, vomissements, malaise ou convulsions.
À l’inverse, boire des quantités excessives d’eau sans apport en sels minéraux peut provoquer une hyponatrémie. La règle pratique est de boire régulièrement par petites quantités, de faire des pauses au frais, et de ne pas chercher à « compenser » la prise par une hydratation massive.
Risques psychologiques
Le 6-APB peut provoquer anxiété, paranoïa, confusion, désorganisation de la pensée, insomnie et descente dépressive. Ces risques augmentent avec la dose, la fatigue, le cannabis, les psychédéliques, l’alcool, les environnements anxiogènes et les antécédents de trouble anxieux, bipolaire ou psychotique. Une expérience longue peut aussi rendre la sortie plus difficile : rester stimulé·e pendant de nombreuses heures augmente le risque de panique, d’épuisement et de décisions mal évaluées.
Les mélanges
Interactions dangereuses
Le 6-APB combine des propriétés entactogènes, sérotoninergiques et stimulantes. Les mélanges augmentent donc principalement trois familles de risques : surcharge cardiovasculaire, syndrome sérotoninergique et désorganisation psychologique. Les interactions ci-dessous sont des repères de réduction des risques ; elles ne remplacent pas une analyse personnalisée avec un·e professionnel·le de santé, surtout en cas de traitement médical.
À éviter strictement. Les IMAO peuvent empêcher la dégradation des monoamines et transformer une prise de 6-APB en intoxication sérotoninergique ou hypertensive. Le risque peut persister après l’arrêt selon la molécule.
Mélange à haut risque. Cumul sérotoninergique, montée de température, descente plus dure, confusion et risque de syndrome sérotoninergique. Les durées différentes rendent les redosages particulièrement trompeurs.
Risque cardiovasculaire majoré. Addition de stimulation, hypertension, tachycardie, vasoconstriction, anxiété et redosage compulsif. La cocaïne peut donner une impression de contrôle tout en augmentant la charge cardiaque.
Les ISRS/IRSN peuvent réduire les effets recherchés, pousser à redoser, ou modifier le profil de risque. Le danger dépend du médicament, de la dose, de la durée du traitement et des autres produits. Ne pas arrêter brutalement un traitement pour consommer.
À éviter. Ces substances peuvent augmenter le risque de syndrome sérotoninergique, convulsions, confusion ou agitation sévère. Le tramadol ajoute aussi un risque épileptique.
L’alcool favorise déshydratation, décisions à risque et surcharge hépatique. GHB/GBL et benzodiazépines peuvent masquer la fatigue ou, en redescente, augmenter les pertes de mémoire, les chutes et les prises non maîtrisées.
Peut amplifier l’euphorie chez certain·es, mais aussi déclencher anxiété, confusion, paranoïa ou malaise, surtout en montée et en fin d’expérience.
Le 6-APB possède déjà une composante visuelle légère. Ajouter LSD, 2C-B, tryptamines ou autres psychédéliques augmente l’intensité mentale, l’imprévisibilité, l’anxiété et le risque de désorientation prolongée.
Culture, histoire & récits
Des analogues de la MDA aux research chemicals
Le 6-APB appartient à la famille des aminoalkylbenzofuranes. Cette famille a été explorée dans les années 1990 dans des travaux de relation structure-activité autour de molécules proches de la MDA. L’idée chimique générale : remplacer le motif méthylènedioxy de la MDA par un cycle benzofurane, ce qui donne des substances proches dans leurs effets subjectifs, mais pas identiques dans leur pharmacologie.
Sur le marché récréatif, le 6-APB apparaît surtout à la fin des années 2000 et au début des années 2010, dans la vague des nouveaux produits de synthèse vendus comme « research chemicals » ou « legal highs ». Le nom commercial « Benzofury » a désigné plusieurs produits voisins, ce qui a entretenu une confusion entre 5-APB, 6-APB, 5-MAPB, 6-MAPB, APDB et parfois d’autres composés.
Bibliographie
Sources principales
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Brandt, S. D., Walters, H. M., Partilla, J. S., Blough, B. E., Kavanagh, P. V., & Baumann, M. H. (2020). The psychoactive aminoalkylbenzofuran derivatives, 5-APB and 6-APB, mimic the effects of 3,4-methylenedioxyamphetamine (MDA) on monoamine transmission in male rats. Psychopharmacology, 237, 3703–3714.
DOI:10.1007/s00213-020-05648-z -
Rickli, A., Kopf, S., Hoener, M. C., & Liechti, M. E. (2015). Pharmacological profile of novel psychoactive benzofurans. British Journal of Pharmacology, 172(13), 3412–3425.
DOI:10.1111/bph.13128 -
Iversen, L., Gibbons, S., Treble, R., Setola, V., Huang, X.-P., & Roth, B. L. (2013). Neurochemical profiles of some novel psychoactive substances. European Journal of Pharmacology, 700(1–3), 147–151.
DOI:10.1016/j.ejphar.2012.12.006 -
Welter, J., Kavanagh, P., Meyer, M. R., & Maurer, H. H. (2015). Metabolic fate, mass spectral fragmentation, detectability, and differentiation in urine of the benzofuran designer drugs 6-APB and 6-MAPB. Drug Testing and Analysis, 7(8), 689–699.
DOI:10.1002/dta.1786 -
Chan, W. L., Wood, D. M., Hudson, S., & Dargan, P. I. (2013). Acute psychosis associated with recreational use of benzofuran 6-(2-aminopropyl)benzofuran (6-APB) and cannabis. Journal of Medical Toxicology, 9(3), 278–281.
DOI:10.1007/s13181-013-0306-y
Rapports, bases et ressources complémentaires
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Advisory Council on the Misuse of Drugs. (2013). Temporary class drug order report: 5- and 6-APB and NBOMe compounds.
Rapport ACMD -
PubChem. 6-(2-Aminopropyl)benzofuran — CID 9794343.
PubChem CID 9794343 -
PsychonautWiki. 6-APB. Ressource communautaire utile pour les repères subjectifs, à lire avec prudence et à croiser avec des sources toxicologiques.
PsychonautWiki — 6-APB -
Mixtures.info. Base francophone d'aide à l'évaluation des mélanges de substances psychoactives.
Mixtures.info