03 Empathogène · Entactogène · Aminoindane

5,6-Méthylènedioxy-2-aminoindane

Le MDAI est un entactogène de la famille des aminoindanes. Il agit principalement comme agent libérateur de sérotonine et de noradrénaline, avec une composante dopaminergique beaucoup plus faible que la MDMA.

Psychotrope illégal
Arrêté du 22 février 1990 fixant la liste des substances classées comme stupéfiants · Annexe III

Les effets

Le MDAI est généralement décrit comme un entactogène plus doux, moins stimulant et moins « rushy » que la MDMA. L'effet recherché est surtout émotionnel : chaleur affective, sociabilité, empathie, détente corporelle et appréciation sensorielle. Cette description doit rester prudente : les données humaines contrôlées sont récentes et les produits vendus comme MDAI ont historiquement été très variables.

Les données disponibles convergent vers un profil entactogène sérotoninergique, avec des effets subjectifs proches de la MDMA mais une stimulation dopaminergique plus faible. En pratique, une forte stimulation, une agitation marquée ou un effet très « speed » doivent faire suspecter un dosage excessif, une adultération ou une autre substance.

  • Angerer, V., et al. (2024). Acute psychotropic, autonomic, and endocrine effects of 5,6-methylenedioxy-2-aminoindane (MDAI) compared with MDMA. Drug Testing and Analysis, 16(5), 463–473. DOI:10.1002/dta.3622

Descente (lendemain)

La descente semble souvent moins marquée que celle de la MDMA, mais elle peut exister, surtout après une dose élevée, un manque de sommeil, un contexte festif prolongé ou une association avec d'autres substances.

Quelques conseils pour réduire les risques

Commencez bas, attendez la montée complète avant d'envisager quoi que ce soit, et évitez le redosage rapproché. Le MDAI ayant un profil moins stimulant, chercher à « corriger » l'effet avec de la MDMA, une cathinone, de l'amphétamine ou de la cocaïne augmente nettement les risques sérotoninergiques et cardiovasculaires. Faites analyser le produit : historiquement, des échantillons vendus comme MDAI ont parfois contenu d'autres substances.

Les dosages

Les dosages ci-dessous sont indicatifs et concernent la voie orale. Ils ne doivent pas être interprétés comme une recommandation de consommation : le MDAI circule rarement, les données cliniques sont limitées et la pureté peut fortement varier.

Dosages indicatifs

Dosages par voie

EffetsOral
Légers40 – 100 mg
Moyens100 – 175 mg
Forts175 – 300 mg
Très forts300+ mg

Valeurs indicatives — dépendant de la pureté, de la tolérance, du contexte, du contenu réel du produit et des vulnérabilités individuelles.

Durée / phases

PhaseOral
Début0,5 – 1,5 h
Effets principaux2 – 2,5 h
Descente1 – 2 h
Effets résiduelsjusqu'à 48 h

Durées approximatives — sujettes à variation selon la dose, le contenu réel du produit, le repas précédent et le métabolisme individuel.

Points de vigilance dose-effet

Le MDAI a longtemps été présenté comme une alternative « plus sûre » à la MDMA. Cette formule est trompeuse : le risque peut augmenter rapidement avec les doses élevées, les redosages, les mélanges sérotoninergiques et les produits mal identifiés. Une expérience trop peu stimulante ne doit pas conduire à augmenter brutalement la dose.

Calculateurs de dose

Ces outils servent à raisonner en quantité réelle de produit supposé actif. Ils ne remplacent pas une analyse de substance et n'évaluent ni les interactions, ni les vulnérabilités médicales.

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La pharmacologie

Le MDAI (5,6-méthylènedioxy-2-aminoindane) est un 2-aminoindane substitué Famille chimique dans laquelle la chaîne latérale aminée de l'amphétamine est « repliée » dans un cycle indane rigide. Ce verrouillage structural modifie la sélectivité pharmacologique et bloque certaines voies métaboliques neurotoxiques. — un analogue rigide de la MDA dans lequel le groupe α-méthyle est « verrouillé » dans un cycle à cinq carbones. Cette contrainte structurale modifie radicalement le profil pharmacologique : le MDAI conserve surtout la composante entactogène, avec une stimulation et une composante psychédélique beaucoup plus faibles que celles des MDxx classiques. Il a été décrit dans les années 1990 par l'équipe de David Nichols Pharmacologue et chimiste médicinal américain (Purdue University), pionnier de la recherche sur les entactogènes et les psychédéliques. Concepteur du MDAI comme analogue non neurotoxique de la MDA. à Purdue University, précisément dans le but de dissocier les effets entactogènes de la neurotoxicité sérotoninergique.

Profil pharmacologique

MDAI — structure 2D (CID 125558)

CID 125558 · CAS 132741-81-2

Mode d'action Libération sélective de sérotonine et de noradrénaline · Très faible action sur la dopamine.

Formule chimique C₁₀H₁₁NO₂
Poids moléculaire 177.20g/mol
Durée 2–6h
LogP 0.84
H-donneurs 2
H-accepteurs 3
Métabolisation Hépatique · Voie(s) CYP non entièrement caractérisée(s)

Données humaines contrôlées

Dans une étude humaine contrôlée publiée en 2024, le MDAI a produit des effets subjectifs globalement comparables à ceux de 125 mg de MDMA. Le profil autonome différait toutefois : augmentation de la pression artérielle, mais pas d'augmentation nette de la fréquence cardiaque ni de la température corporelle dans les conditions de l'étude. Cette donnée est utile, mais elle ne doit pas être extrapolée à des contextes festifs, à des redosages ou à des mélanges.

  • Angerer, V., et al. (2024). Acute psychotropic, autonomic, and endocrine effects of MDAI compared with MDMA. DOI:10.1002/dta.3622

Mécanisme d'action

Le MDAI agit comme un SNRA Serotonin–Norepinephrine Releasing Agent — Agent libérateur sélectif de sérotonine et de noradrénaline. Contrairement à un SNDRA (comme la MDMA), le MDAI a un effet très faible sur la dopamine. — un agent libérateur sélectif de sérotonine et de noradrénaline, avec un effet environ 10 fois plus faible sur la dopamine (Halberstadt et al., 2019). C'est cette sélectivité qui explique l'absence d'effets stimulants classiques et le caractère légèrement sédatif du MDAI, par contraste avec l'énergie de la MDMA.

Les valeurs d'EC50 mesurées illustrent clairement ce profil : 114 nM pour la sérotonine, 117 nM pour la noradrénaline, mais 1 334 nM pour la dopamine — soit une puissance dopaminergique environ 10 à 12 fois inférieure (Halberstadt et al., 2019). Ce profil est très similaire à celui de la (R)-MDMA (l'énantiomère lévogyre de la MDMA), bien que le MDAI soit plusieurs fois plus puissant in vitro.


Les trois neurotransmetteurs-clés

Sérotonine 5-HT

La sérotonine est le moteur principal des effets du MDAI. Elle est responsable de l'empathie, de la chaleur émotionnelle, du sentiment de bien-être et de la connexion interpersonnelle — l'essence même de l'effet entactogène. Le MDAI libère la sérotonine avec une puissance comparable à celle de la MDMA, ce qui explique que l'étude humaine de 2024 (Angerer et al.) ait trouvé des effets subjectifs très similaires entre les deux substances.

Empathie · Bien-être · Connexion
Noradrénaline NE

Le MDAI libère la noradrénaline avec une puissance quasi identique à la sérotonine (EC50 = 117 nM vs 114 nM). Malgré cela, l'étude humaine de 2024 a montré que le MDAI n'augmente ni la fréquence cardiaque ni la température corporelle — un contraste frappant avec la MDMA. Il augmente cependant la pression artérielle et le cortisol.

Éveil · Tension artérielle · Cortisol
Dopamine DA

C'est ici que le MDAI se distingue radicalement de la MDMA. L'effet sur la dopamine est environ 10 fois plus faible (EC50 = 1 334 nM). Conséquence directe : pas de rush stimulant, pas d'euphorie « à la cocaïne », pas de bruxisme marqué — mais aussi un potentiel addictif considérablement réduit. L'expérience est plus douce, plus contemplative, parfois décrite comme légèrement sédative.

Très faible · Pas de rush · Faible potentiel addictif

Au-delà des principaux neurotransmetteurs impliqués

Le profil réceptoriel du MDAI est remarquablement « propre » par rapport à la MDMA et à la MDA — mais quelques particularités méritent d'être signalées.

Absence d'agonisme 5-HT2

Contrairement à la MDMA et surtout à la MDA, le MDAI ne montre aucune affinité mesurable pour les récepteurs sérotoninergiques (Ki > 10 µM pour tous les sous-types testés). Cela signifie : pas d'effets visuels ou psychédéliques (pas de 5-HT2A), et un risque de valvulopathie cardiaque a priori absent (pas de 5-HT2B). C'est un avantage de sécurité significatif par rapport aux MDxx classiques (Halberstadt et al., 2019).

Récepteurs α2-adrénergiques

Le MDAI montre une affinité significative pour les trois sous-types de récepteurs α2-adrénergiques (Ki = 322 à 1 121 nM). Ces récepteurs sont des autorécepteurs inhibiteurs qui régulent la libération de noradrénaline. Leur activation par le MDAI pourrait moduler et « amortir » la réponse noradrénergique, ce qui expliquerait en partie l'absence d'augmentation de la fréquence cardiaque malgré la forte libération de noradrénaline aux transporteurs.

Structure indane rigide

Le MDAI est un aminoindane — le α-méthyle de la MDA est « replié » dans un cycle cyclopentane fusionné au noyau aromatique. Cette rigidité a deux conséquences majeures. D'abord, elle empêche la molécule d'adopter les conformations nécessaires à une forte libération de dopamine. Ensuite, elle bloque la voie métabolique vers l'α-méthyldopamine, le métabolite neurotoxique de la MDA et de la MDMA. C'est la raison pour laquelle Nichols a conçu cette structure : dissocier l'entactogénicité de la neurotoxicité.

Neurotoxicité résiduelle

Le MDAI a longtemps été présenté comme « non neurotoxique », mais cette étiquette est trop optimiste. Des études animales montrent une neurotoxicité sérotoninergique faible mais détectable, qui s'aggrave sensiblement en combinaison avec l'amphétamine (Nichols et al., 1993 ; Johnson et al., 1991). Trois décès au Royaume-Uni en 2011-2012 ont été attribués au MDAI, tous avec des symptômes évocateurs d'un syndrome sérotoninergique (Corkery et al., 2013). Le MDAI n'est donc pas un substitut « sans risque » de la MDMA.

L'addictivité

Potentiel addictif

Le potentiel addictif du MDAI semble a priori plus faible que celui des stimulants dopaminergiques classiques, notamment parce que son action sur la dopamine est nettement plus faible. Cela ne signifie pas absence de risque : l'attachement peut porter sur l'effet empathogène, le contexte festif, l'évitement émotionnel ou la recherche répétée de connexion sociale.

Les usages rapprochés exposent surtout à une perte d'intérêt des effets, une fatigue psychique, des troubles du sommeil et une augmentation des prises pour compenser. En réduction des risques, il est préférable d'espacer largement les sessions, de ne pas redoser pour « relancer » une expérience plate, et d'éviter l'usage comme outil régulier de gestion de l'humeur.

Évaluez vos consommations — DUDIT

Le Drug Use Disorder Identification TestCe questionnaire est réadapté du DUDIT, utilisé par de nombreux professionnels de santé en addictologie.Hildebrand, M. (2015). The psychometric properties of the drug use disorders identification test (DUDIT): a review of recent research. Journal of Substance Abuse Treatment, 53, 52-59. DOI:10.1016/j.jsat.2015.01.008, ou DUDIT, est un test que vous pouvez faire si vous avez un doute sur votre consommation. Seul·e vous pourrez voir le résultat.

Le questionnaire s'affiche une question à la fois. Répondez à la question actuelle pour passer à la suivante.

Les risques sur la santé

Syndrome sérotoninergique

Le risque majeur à surveiller est l'excès de sérotonine, surtout en cas de dose élevée ou d'association avec d'autres substances sérotoninergiques. Les signaux d'alerte comprennent agitation inhabituelle, confusion, tremblements, rigidité, contractions involontaires, diarrhée, fièvre, transpiration intense, accélération cardiaque ou convulsions. En cas de fièvre, confusion, rigidité ou malaise sévère : appel aux urgences.

Risques cardiovasculaires et thermiques

Le MDAI peut augmenter la pression artérielle. Les données humaines disponibles suggèrent moins d'effet sur la fréquence cardiaque et la température corporelle que la MDMA, mais cela ne protège pas en situation réelle : chaleur, danse prolongée, déshydratation, redosage, dosage inconnu ou mélange avec stimulants peuvent modifier fortement le risque.

Neurotoxicité : prudence sur les slogans

Le MDAI a été conçu comme analogue entactogène à neurotoxicité sérotoninergique réduite dans certains modèles animaux. Présenter la substance comme « non neurotoxique » est trop catégorique. Les données animales montrent que la toxicité peut devenir plus préoccupante à forte dose, dans certains contextes expérimentaux ou lors d'associations avec des agents dopaminergiques comme l'amphétamine.

Pourquoi « moins neurotoxique » ne veut pas dire « sans risque »

Une toxicité plus faible dans un modèle animal ou in vitro ne prédit pas automatiquement la sécurité d'un produit consommé en contexte festif. La dose réelle, la température, l'effort physique, les mélanges, l'état de santé, la pureté et les contaminants changent l'équation. Le bon message de réduction des risques n'est donc pas « le MDAI est sûr », mais : « le MDAI semble moins dopaminergique que la MDMA, avec des risques encore insuffisamment documentés ».

Les mélanges

Interactions dangereuses

Les associations les plus préoccupantes sont celles qui augmentent la sérotonine ou la charge cardiovasculaire. Avec le MDAI, le fait qu'une expérience soit moins stimulante que la MDMA ne doit pas pousser à ajouter un stimulant ou un autre empathogène pour « compléter » les effets.

À éviter particulièrement

IMAO

Mélange à éviter strictement. Les IMAO peuvent empêcher la dégradation des monoamines et augmenter fortement le risque de syndrome sérotoninergique.

ISRS, IRSN, tramadol, DXM, lithium

Risque d'interactions sérotoninergiques. Les ISRS peuvent aussi atténuer certains effets, ce qui augmente le risque de redosage inadapté.

MDMA, MDA, 6-APB, 5-MAPB

Accumulation d'effets entactogènes et sérotoninergiques. Le risque de surchauffe, confusion, hypertension et syndrome sérotoninergique augmente.

Cocaïne, amphétamines, cathinones

Augmentation de la charge cardiovasculaire et du risque de comportements compulsifs. Un produit vendu comme MDAI mais très stimulant doit faire suspecter une substitution.

Culture, histoire & récits

Origines du MDAI

Le MDAI a été décrit par l'équipe de David E. Nichols à Purdue University dans le cadre de recherches sur les analogues de la MDA et de la MDMA. L'objectif pharmacologique était de comprendre comment conserver une composante entactogène tout en réduisant certaines propriétés neurotoxiques associées aux structures amphétaminiques classiques.

Du laboratoire au marché gris

La substance est longtemps restée une curiosité de laboratoire avant d'apparaître comme « legal high » et research chemical, surtout autour de 2010–2012. Elle a notamment été présentée comme alternative à la MDMA ou à la méphédrone après différentes interdictions. Cette histoire explique une partie du problème actuel : réputation de produit « plus sûr », mais faible documentation clinique et marché non contrôlé.

Potentiel thérapeutique et limites

Le profil du MDAI intéresse la recherche parce qu'il dissocie partiellement l'entactogénicité de la stimulation dopaminergique. Cela ne signifie pas qu'il s'agit d'un médicament utilisable tel quel. À ce stade, il faut distinguer l'intérêt scientifique d'un composé, les études humaines contrôlées encore limitées, et les risques d'un usage récréatif avec une substance non analysée.

Bibliographie

Sources et références

  • Angerer, V., Holze, F., Becker, A. M., Duthaler, U., & Liechti, M. E. (2024). Acute psychotropic, autonomic, and endocrine effects of 5,6-methylenedioxy-2-aminoindane (MDAI) compared with 3,4-methylenedioxymethamphetamine (MDMA) in healthy subjects. Drug Testing and Analysis, 16(5), 463–473.
    DOI:10.1002/dta.3622
  • Halberstadt, A. L., Brandt, S. D., Walther, D., & Baumann, M. H. (2019). 2-Aminoindan and its ring-substituted derivatives interact with plasma membrane monoamine transporters and α2-adrenergic receptors. Psychopharmacology, 236, 989–999.
    DOI:10.1007/s00213-019-05207-1
  • Gallagher, C. T., Assi, S., Stair, J. L., Fergus, S., Corazza, O., Corkery, J. M., & Schifano, F. (2012). 5,6-Methylenedioxy-2-aminoindane: from laboratory curiosity to “legal high”. Human Psychopharmacology: Clinical and Experimental, 27(2), 106–112.
    DOI:10.1002/hup.1255
  • Corkery, J. M., Elliott, S., Schifano, F., Corazza, O., & Ghodse, A. H. (2013). MDAI (5,6-methylenedioxy-2-aminoindane; “sparkle”; “mindy”) toxicity: a brief overview and update. Human Psychopharmacology: Clinical and Experimental, 28(4), 345–355.
    DOI:10.1002/hup.2298
  • Páleníček, T., et al. (2016). Emerging toxicity of 5,6-methylenedioxy-2-aminoindane (MDAI): pharmacokinetics, behaviour, thermoregulation and LD50 in rats. Progress in Neuro-Psychopharmacology & Biological Psychiatry, 71, 32–40.
    DOI:10.1016/j.pnpbp.2016.06.010
  • Pinterova, N., Horsley, R. R., & Palenicek, T. (2017). Synthetic aminoindanes: a summary of existing knowledge. Frontiers in Psychiatry, 8, 236.
    DOI:10.3389/fpsyt.2017.00236
  • Hildebrand, M. (2015). The psychometric properties of the drug use disorders identification test (DUDIT): a review of recent research. Journal of Substance Abuse Treatment, 53, 52–59.
    DOI:10.1016/j.jsat.2015.01.008

Ressources de réduction des risques

  • Mixtures.info. Base d'information sur les interactions entre substances psychoactives.
    mixtures.info/fr
  • PubChem. MDAI — CID 125558 : données chimiques et identifiants.
    PubChem CID 125558