O-Desmethyltramadol
L'O-DSMT est un opioïde de synthèse dérivé du tramadol, utilisé principalement pour ses effets analgésiques.
Les effets
L'O-DSMT (O-desméthyltramadol) est un opioïde de synthèse apparu sur le marché des research chemicals au cours des années 2010, sans antécédent documenté d'usage humain avant cette période. C'est le métabolite actif principal du tramadol : il en porte l'essentiel de l'effet analgésique, mais en étant nettement plus puissant à poids égal. Les effets recherchés sont typiquement opioïdes — soulagement de la douleur, euphorie douce, suppression de l'anxiété, relaxation musculaire et sédation. Comparé au tramadol, l'O-DSMT est décrit comme moins stimulant et plus proche d'un opiacé classique.
"Le O-desméthyltramadol est quant à lui 2 à 4 fois plus puissant que le tramadol lui-même, qui est dix fois moins puissant que la morphine."
Les dosages
Dosages indicatifs
Dosages (par voie)
| Effets | Oral | Sublingual |
|---|---|---|
| Légers | 10 - 25 mg | 10 - 15 mg |
| Moyens | 25 - 50 mg | 25 - 50 mg |
| Forts | 50 - 100 mg | 50 - 80 mg |
| Très forts | 100 + mg | 80 + mg |
Valeurs indicatives — dépendant de la pureté, tolérance et méthode d'administration.
Durée / Phases
| Phases | Oral | Sublingual |
|---|---|---|
| Début | 20 - 60 min | 20 - 40 min |
| Effets principaux | 2 - 5 h | 2 - 5 h |
| Descente | 2 - 4 h | 2 - 4 h |
| Effets résiduels | 1 - 3 h | 1 - 3 h |
Durées approximatives — sujettes à variation suivant la dose, voie et métabolisme individuel.
Calculateurs de dose et dosage recommandé.
L'O-DSMT est une substance dont la pureté peut varier d'un endroit à l'autre. Il n'existe pas de "dosage recommandé" sûr sans qu'une analyse n'ait été réalisée par un labo compétent, et sans que vous sachiez correctement doser votre produit. Renseignez-vous sur les différents aspects importants d'une consommation pour réduire au mieux les risques.
Y'a combien dans l'pochon ?
Calculez la quantité réelle d'O-DSMT contenue dans votre produit.
Calculer la dose recommandée
Dose indicative pour obtenir l'effet souhaité.
- Analysez votre produit — Faites tester votre substance (CAARUD, SpecTRUM) ; la pureté et la composition peuvent varier considérablement d'un lot à l'autre.
- Commencez très bas — Dose test minimale, surtout sans analyse préalable. La puissance varie fortement suivant les lots.
- Ne jamais consommer seul·e — La dépression respiratoire peut survenir rapidement et sans avertissement.
- Naloxone à portée — Assurez-vous que votre entourage sait l'administrer (Nalscue® nasal ou injectable).
- Évitez toute association — Alcool, benzodiazépines et autres opioïdes augmentent massivement le risque létal.
- Ne redosez pas prématurément — L'effet peut être retardé jusqu'à 60 min par voie orale. Attendre avant d'évaluer.
- Naloxone immédiatement — Administrer sans attendre ; répéter toutes les 2–3 min si nécessaire. La réponse peut être incomplète.
- Position latérale de sécurité (PLS) — Si la personne est inconsciente mais respire.
- Appeler le 15 ou le 112 — Même si la naloxone a rétabli la respiration (durée d'action courte ; risque de réapparition).
- Ne jamais laisser seul·e — Rester présent·e jusqu'à l'arrivée des secours.
- Signaler la dose consommée — C'est important pour le suivi médical et la prévention des complications.
Important : La naloxone ne couvre pas les effets liés aux récepteurs sigma. Un monitoring médical est indispensable même après retour de conscience.
La pharmacologie
L'O-DSMT est avant tout le métabolite actif du tramadol. On manque encore cruellement de données spécifiques sur cette molécule prise isolément : l'essentiel de ce profil pharmacologique est reconstitué à partir des recherches sur le tramadol et sur la pharmacologie des récepteurs opioïdes. Soyez prudent·es.
Profil pharmacologique
CID 656656 · DBMET00324
Mode d'action Métabolite actif du tramadol ; agoniste des récepteurs opioïdes μ avec une affinité ~200× supérieure à celle du tramadol.
Mécanisme d'action
L'O-DSMT est le métabolite actif principal du tramadol. Dans l'organisme, le tramadol est O-déméthylé par l'enzyme hépatique CYP2D6 : c'est cette réaction qui produit l'O-desméthyltramadol. Là où l'analgésie du tramadol repose sur deux mécanismes — une faible activité opioïde et une inhibition de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline —, l'O-DSMT porte l'essentiel de la composante opioïde.
Son affinité pour le récepteur opioïde μ (mu) est environ 200 fois supérieure à celle du tramadol. Contrairement à la molécule mère, l'O-DSMT se lie aussi avec une affinité notable aux récepteurs δ (delta) et κ (kappa). Une fois son effet produit, il est éliminé par glucuronoconjugaison (UGT2B7, UGT1A8) puis excrété par les reins.
[⚠ ZONE GRISE] Les données pharmacocinétiques humaines spécifiques à l'O-DSMT consommé seul (et non issu du métabolisme du tramadol) restent très limitées. Les valeurs ci-dessus sont en grande partie extrapolées des études sur le tramadol.
Les récepteurs opioïdes ciblés
La cible principale. C'est l'agonisme μ qui produit l'analgésie, l'euphorie, la sédation… mais aussi la dépression respiratoire, mécanisme à l'origine des surdoses mortelles. L'affinité de l'O-DSMT y est bien plus forte que celle du tramadol.
Analgésie · Euphorie · Dépression respiratoireParticularité qui distingue l'O-DSMT du tramadol : c'est un ligand de haute affinité du récepteur δ. Ce récepteur module la douleur et l'humeur, et participerait au profil d'effets et au potentiel de dépendance.
Modulation · Humeur · AntalgieL'O-DSMT se lie également au récepteur κ, là encore contrairement au tramadol. L'activation κ est plutôt associée à la dysphorie et à la sédation — une coloration de l'expérience qui peut nuancer l'euphorie μ.
Sédation · Dysphorie · Antalgie spinaleAu-delà des récepteurs opioïdes
L'O-DSMT n'agit pas exactement comme sa molécule mère : il hérite surtout du versant opioïde du tramadol, beaucoup moins de son versant monoaminergique.
L'O-DSMT est produit naturellement chez toute personne prenant du tramadol, via le CYP2D6. La vitesse de cette transformation varie fortement d'un individu à l'autre selon le profil génétique (métaboliseurs lents ou ultra-rapides), ce qui explique des réponses très inégales au tramadol.
L'inhibition de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline — responsable du caractère « stimulant » et du risque de syndrome sérotoninergique du tramadol — est surtout portée par la molécule mère. L'O-DSMT en conserve une part bien moindre, d'où un profil ressenti comme plus « opiacé pur ».
L'O-DSMT est inactivé par glucuronoconjugaison (UGT2B7, UGT1A8), puis éliminé par voie rénale. Une insuffisance rénale ou hépatique peut donc allonger sa durée d'action et favoriser l'accumulation.
En tant que NPS, l'O-DSMT n'a pas fait l'objet d'essais cliniques dédiés. La plupart de ce que l'on en sait provient des recherches sur le tramadol, de la pharmacologie des récepteurs opioïdes et de retours d'usagers. La prudence reste de mise.
Durée des effets
Par voie orale, les premiers effets apparaissent généralement après 20 à 60 minutes ; par voie sublinguale, c'est un peu plus rapide (20 à 40 minutes). Le plateau d'effets principaux dure ensuite 2 à 5 heures, suivi d'une descente de 2 à 4 heures et d'effets résiduels qui peuvent se prolonger de 1 à 3 heures. La demi-vie est estimée autour de 7 heures.
Cette montée potentiellement lente par voie orale est un piège classique : ne sentant rien au bout de 20-30 minutes, on est tenté de reprendre une dose. Lorsque les deux prises font effet en même temps, le risque de surdose grimpe brutalement. La règle est simple : attendre au moins une heure avant d'envisager de redoser, et le faire par petits incréments. Comme pour tout opioïde, la tolérance s'installe vite et pousse à augmenter les quantités — un autre facteur majeur de surdose.
L'addictivité
Évaluez vos consos avec le DUDIT !
Le
Drug Use Disorder Identification Test
Le questionnaire que vous pouvez
utiliser sur cette page est réadapté du questionnaire DUDIT, utilisé par de nombreux
professionnels de santé en addictologie.
Hildebrand, M. (2015).
The psychometric properties of the drug use
disorders identification test (DUDIT): a review of recent research. Journal of
substance abuse treatment, 53, 52-59.
DOI:10.1016/j.jsat.2015.01.008,
ou DUDIT, est un test que vous pouvez faire si vous avez un doute sur votre consommation. Seul.e
vous pourrez voir le résultat.
Le questionnaire s'affiche une question à la fois. Répondez à la question actuelle pour passer à la suivante.
Tolérance et dépendance
L'O-DSMT est un agoniste μ nettement plus puissant que le tramadol, et il se lie en plus aux récepteurs δ et κ. Son potentiel addictif n'est donc pas négligeable, même s'il est généralement décrit comme modéré. Comme avec l'ensemble des opioïdes, une tolérance s'installe rapidement : il faut des doses croissantes pour retrouver le même effet, ce qui alimente une escalade dangereuse.
La dépendance physique se manifeste à l'arrêt par un syndrome de sevrage de type opioïde (douleurs diffuses, anxiété, insomnie, troubles digestifs, frissons, écoulement nasal). Ce sevrage n'est pas mortel en lui-même — contrairement à celui de l'alcool ou des benzodiazépines — mais il est très éprouvant, et c'est précisément l'envie de le faire cesser qui entretient le cercle vicieux de l'addiction. L'addiction n'est jamais réductible à la seule molécule : elle résulte d'un faisceau de facteurs biologiques, psychologiques et sociaux.
Parmi les opioïdes médicaux, la morphine, la codéine, le fentanyl ou la buprénorphine comptent parmi les antalgiques les plus efficaces ; mais leur usage prolongé s'accompagne d'un fort potentiel d'abus, et plusieurs opioïdes sont détournés à des fins récréatives, avec un risque de dépendance.
Les risques sur la santé
Risques immédiats
Le danger majeur de l'O-DSMT est celui de tous les opioïdes : la dépression respiratoire. À dose excessive, l'agonisme μ ralentit puis interrompt la respiration — c'est le mécanisme des surdoses mortelles. Les surdoses sont d'autant plus fréquentes que la puissance varie d'un lot à l'autre et que la montée orale peut tromper l'usager·e.
Savoir reconnaître une surdose peut sauver une vie. Au niveau respiratoire : respiration lente, faible ou irrégulière, lèvres ou ongles bleutés, peau froide, bruits de suffocation, gargouillements ou ronflements inhabituels. Au niveau de la conscience : personne qui ne répond plus, insensible au toucher, somnolente ou incapable de rester éveillée. Les pupilles en pointe d'épingle (myosis) sont un signe classique, mais peu fiable si d'autres produits ont été consommés. Face à ces signes : naloxone immédiatement, position latérale de sécurité, et appel du 15 ou du 112. À noter aussi que le tramadol — donc potentiellement son métabolite — est associé à un risque de convulsions et de syndrome sérotoninergique en cas d'association ; pour l'O-DSMT seul, ce point reste mal établi [⚠ ZONE GRISE].
Risques à long terme
Les données sur les effets à long terme de l'O-DSMT sont très lacunaires. On peut raisonnablement extrapoler les conséquences connues d'un usage chronique d'opioïdes : installation d'une dépendance, constipation chronique parfois sévère, baisse de la libido et troubles hormonaux (hypogonadisme induit par les opioïdes), perturbations du sommeil et de l'humeur.
S'ajoute une incertitude propre aux NPS : l'absence d'études toxicologiques dédiées signifie qu'on ne connaît pas d'éventuels effets organiques spécifiques, ni le comportement réel de la molécule en usage répété. Les risques liés à l'injection (infections, abcès, transmission du VIH et des hépatites) et à la qualité variable des produits du marché gris viennent encore alourdir le tableau. En clair : on navigue largement à vue, ce qui justifie la plus grande prudence et un suivi en cas d'usage régulier.
Les mélanges
Interactions dangereuses
La règle d'or avec un opioïde : ne jamais l'associer à un autre dépresseur du système nerveux central. Alcool, benzodiazépines, autres opioïdes, GHB/GBL, gabapentinoïdes (prégabaline, gabapentine), certains antihistaminiques… toutes ces combinaisons additionnent les effets dépresseurs et peuvent provoquer une dépression respiratoire fatale, même à des doses qui sembleraient « raisonnables » prises séparément.
Les stimulants (cocaïne, amphétamines) ne protègent pas : ils masquent la sédation et donnent un faux sentiment de contrôle, ce qui pousse à reprendre des doses et expose à une surdose dès que le stimulant retombe. Du fait de la parenté avec le tramadol, la prudence s'impose aussi avec les sérotoninergiques (ISRS, IMAO, autres opioïdes sérotoninergiques) en raison du risque théorique de syndrome sérotoninergique, et avec tout ce qui abaisse le seuil épileptogène. En cas de doute, on considère l'association comme dangereuse par défaut.
Vérifiez vos mixtures !
Utilisez notre simulateur pour vérifier les interactions potentielles entre les opioïdes et d'autres substances. Un lien vers Mixtures.info vous est proposé à chaque simulation pour aller plus loin.
Opioïdes mélangés avec :
Les informations proviennent du travail de l'équipe de Mixtures.info.
Recommandations
Quelques réflexes simples réduisent nettement le risque : faire analyser son produit (CAARUD, services d'analyse) car la puissance varie beaucoup d'un lot à l'autre ; commencer très bas, par une dose test, surtout sans analyse préalable ; ne jamais consommer seul·e, la dépression respiratoire pouvant survenir sans signe annonciateur ; et avoir de la naloxone à portée de main, en s'assurant que l'entourage sait l'administrer.
On évite formellement les associations avec d'autres dépresseurs, on ne redose pas avant au moins une heure (montée orale parfois retardée), et on reste attentif·ve à la tolérance qui pousse insidieusement à augmenter les doses. La naloxone doit être considérée comme un équipement de base dès qu'on consomme des opioïdes. Pour vérifier vos combinaisons, le simulateur ci-dessus et Mixtures.info sont de bons points de départ.
Histoire et culture
Contexte historique
L'O-DSMT n'existe pas vraiment « par lui-même » dans l'histoire de la pharmacie : il est d'abord connu comme le métabolite actif du tramadol, antalgique synthétisé par le laboratoire allemand Grünenthal dans les années 1960 et largement prescrit depuis. Ce n'est qu'au cours des années 2010 qu'il apparaît comme molécule à part entière sur le marché des research chemicals, vendu en ligne comme nouveau produit de synthèse (NPS).
Sa diffusion s'inscrit dans la logique des NPS : proposer des analogues de molécules connues, souvent pour contourner — temporairement — les classifications légales. En France, l'O-DSMT est aujourd'hui classé comme stupéfiant (arrêté du 22 février 1990 et ses mises à jour). Comme pour beaucoup de NPS opioïdes, son émergence pose des questions de santé publique d'autant plus aiguës qu'on dispose de très peu de recul clinique sur la molécule.
Bibliographie
Sources et références
- Pérez-Mañá, C., Papaseit, E., Fonseca, F., Farré, A., Torrens, M., & Farré, M. (2018). Drug interactions with new synthetic opioids. Frontiers in Pharmacology, 9, 1145. DOI:10.3389/fphar.2018.01145
- Grond, S., & Sablotzki, A. (2004). Clinical pharmacology of tramadol. Clinical Pharmacokinetics, 43(13), 879–923. DOI:10.2165/00003088-200443130-00004
- PsychonautWiki. O-Desmethyltramadol. (consulté en 2025). psychonautwiki.org/wiki/O-Desmethyltramadol
Études scientifiques
- Gillen, C., Haurand, M., Kobelt, D. J., & Wnendt, S. (2000). Affinity, potency and efficacy of tramadol and its metabolites at the cloned human μ-opioid receptor. Naunyn-Schmiedeberg's Archives of Pharmacology, 362(2), 116–121. DOI:10.1007/s002100000266
- Listos, J., Łupina, M., Talarek, S., Mazur, A., Orzelska-Górka, J., & Kotlińska, J. (2019). The mechanisms involved in morphine addiction: an overview. International Journal of Molecular Sciences, 20(17), 4302. DOI:10.3390/ijms20174302
- Raffa, R. B., et al. (1992). Opioid and nonopioid components independently contribute to the mechanism of action of tramadol, an "atypical" opioid analgesic. Journal of Pharmacology and Experimental Therapeutics, 260(1), 275–285. PMID:1309873