Estimer combien d'alcool circule dans le sang, à quelle heure on repasse sous le seuil — et surtout comprendre pourquoi la courbe monte vite et redescend lentement, en ligne droite.
Tout est calculé dans ton navigateur. Rien n'est envoyé, rien n'est enregistré — à l'exception de la calibration facultative, qui reste sur cet appareil.
Ce n'est pas un éthylotest. Un calcul part d'hypothèses moyennes ; ton foie, ton estomac et ta composition corporelle ne les respectent pas forcément. L'écart entre l'estimation et la réalité peut dépasser 30 %. Pour une décision qui engage ta sécurité ou celle des autres — conduire, travailler, prendre un traitement — il faut une mesure, pas une simulation.
Estimation
0.00g/L
———
Seuil de référence
Courbe estimée
élimination moyenne
fourchette 0.10–0.20 g/L/h
———
Passe le doigt ou la souris sur la courbe pour lire une valeur. La bande claire n'est pas une marge d'erreur totale : elle ne couvre que la variabilité de la vitesse d'élimination, pas celle du volume de distribution ni de l'absorption.
Valeurs heure par heure
Alcoolémie estimée heure par heure, en grammes par litre de sang
Heure
Estimation
Fourchette
Le facteur de distribution r
L'éthanol se dilue dans l'eau du corps, pas dans la graisse ni les os. Le facteur r représente la fraction du poids corporel qui se comporte comme de l'eau vis-à-vis de l'alcool. C'est lui qui explique que deux personnes du même poids, buvant la même chose, n'atteignent pas la même alcoolémie.
Facteur retenu
—
Facteur générique
—
Écart
—
Eau corporelle (Watson)
—
Volume de dilution
—
Calibrer r sur un éthylotest (avancé)
Si tu disposes d'une mesure fiable, l'outil peut chercher le facteur r qui rend le modèle compatible avec elle. C'est la seule façon de sortir des moyennes de population. Deux conditions pour que ça ait un sens : la mesure doit être prise au moins deux heures après le dernier verre (sinon on calibre sur une phase d'absorption instable), et les consommations saisies doivent être exactes.
Un éthylotest chimique jetable n'est pas une mesure fiable : il donne une classe, pas une valeur. Seuls les éthylotests électroniques certifiés NF, correctement étalonnés, produisent un chiffre exploitable — et encore, avec une tolérance de l'ordre de ±0,03 g/L.
Comprendre l'alcoolémie
Ce que le chiffre mesure exactement
L'alcoolémie, c'est une concentration : la masse d'éthanol présente dans un litre de sang total, exprimée en grammes par litre. 0,5 g/L signifie un demi-gramme d'éthanol par litre de sang. Rien d'autre. Ce n'est ni une quantité bue, ni un niveau d'ivresse ressenti, ni une mesure de dangerosité au volant.
L'éthylotest, lui, ne mesure pas le sang : il mesure l'air alvéolaire. Le passage de l'un à l'autre repose sur un rapport de partage moyen d'environ 2100 à 2300 volumes d'air pour 1 volume de sang. La réglementation française fixe la conversion à 0,25 mg/L d'air expiré pour 0,5 g/L de sang. Ce rapport varie avec la température corporelle et la manière de souffler, ce qui est l'une des raisons pour lesquelles une prise de sang reste la mesure de référence en cas de contestation.
Le verre standard
En France, un « verre standard » contient 10 g d'alcool pur, quelle que soit la boisson. C'est le principe des doses servies en bar : un demi de bière à 5°, un ballon de vin à 12°, un shot de spiritueux à 40° contiennent à peu près la même chose. Cette unité n'est pas universelle : elle vaut 8 g au Royaume-Uni, 14 g aux États-Unis, 20 g au Japon. D'où des recommandations nationales qui semblent contradictoires alors qu'elles disent la même chose.
Attention : un verre servi à la maison n'est presque jamais un verre standard. Les mesures maison dépassent régulièrement le double.
Les trois phases de la courbe
Toute courbe d'alcoolémie a la même forme : une montée rapide, un sommet, puis une descente rectiligne. Cette asymétrie n'est pas un artefact du modèle — elle vient de trois processus physiologiques distincts qui ne se déroulent pas au même rythme.
Forme typique. La montée dépend de l'estomac, la descente dépend du foie — et le foie ne s'accélère pas.
1 Absorption : l'estomac décide du pic
L'éthanol est une très petite molécule à la fois soluble dans l'eau et dans les graisses. Il traverse les membranes par simple diffusion, sans transporteur, sans être digéré. Environ 20 % passe déjà par la paroi de l'estomac ; le reste est absorbé dans l'intestin grêle, dont la surface est incomparablement plus grande.
Le facteur limitant n'est donc pas la capacité d'absorption mais la vidange gastrique : tant que l'alcool reste dans l'estomac, il n'entre presque pas dans le sang. Tout ce qui ferme le pylore ralentit la montée.
Manger avant — surtout gras et protéiné — retarde la vidange. Le pic peut être abaissé de 25 à 50 % à quantité bue identique.
Le degré de la boisson compte : l'absorption est la plus rapide autour de 20-30°. Un alcool très fort irrite la muqueuse et freine paradoxalement la vidange ; un alcool très dilué augmente le volume et l'accélère.
Les bulles accélèrent le passage vers l'intestin. Le champagne « monte à la tête » plus vite, ce n'est pas une légende.
L'effet de premier passage gastrique : une enzyme présente dans la paroi de l'estomac dégrade une partie de l'alcool avant qu'il n'atteigne la circulation. Cette activité est en moyenne plus faible chez les femmes, et diminuée par l'aspirine et certains anti-acides.
2 Distribution : pourquoi le poids ne suffit pas
Une fois dans le sang, l'éthanol se répartit dans l'eau du corps — et seulement dans l'eau. Il ne se stocke pas dans le tissu adipeux, ne se fixe pas sur les os. La concentration finale dépend donc du volume d'eau disponible pour le diluer, pas du poids total.
Concrètement : à poids égal, plus la masse grasse est élevée, moins il y a d'eau, plus l'alcoolémie monte. Cette différence de composition corporelle est la raison principale — et pas la seule — pour laquelle les barèmes distinguent un profil masculin et un profil féminin. Ce sont des moyennes statistiques appliquées à un individu ; elles se trompent d'autant plus que la personne s'écarte de la moyenne.
C'est aussi pourquoi l'outil accepte l'âge et la taille : elles permettent d'estimer l'eau corporelle totale plutôt que de partir d'un coefficient de population.
3 Élimination : le point le plus contre-intuitif
Entre 90 et 98 % de l'alcool est dégradé par le foie ; le reste part tel quel dans l'urine, la sueur et l'air expiré. La voie principale enchaîne deux enzymes : l'alcool déshydrogénase transforme l'éthanol en acétaldéhyde — un composé toxique, responsable d'une bonne partie des symptômes de gueule de bois — puis l'aldéhyde déshydrogénase le convertit en acétate, finalement dégradé en eau et CO₂.
Pourquoi une droite et pas une exponentielle ? La plupart des substances sont éliminées proportionnellement à leur concentration : plus il y en a, plus ça part vite, ce qui donne une demi-vie constante et une décroissance courbe. L'alcool échappe à cette règle parce que l'alcool déshydrogénase est déjà saturée à des concentrations minuscules, de l'ordre de 0,05 g/L, soit une fraction d'un seul verre. Au-delà, l'enzyme travaille à plein régime et ne peut pas aller plus vite : la vitesse devient indépendante de la concentration. C'est ce qu'on appelle une cinétique d'ordre zéro, et c'est ce qui produit une descente rectiligne.
La conséquence pratique est lourde : l'alcool n'a pas de demi-vie. Doubler la quantité bue ne double pas l'intensité, ça double le temps. Passer de 1 à 2 g/L, ce n'est pas deux fois plus ivre pendant la même durée, c'est deux fois plus longtemps.
La vitesse d'élimination n'est pas une constante
Le chiffre de 0,15 g/L par heure circule partout comme s'il était universel. C'est une moyenne. La fourchette observée en population générale va d'environ 0.10 à 0.20 g/L/h, et elle sort de ces bornes dans les deux sens.
Consommation régulière et importante : une seconde voie métabolique, le système microsomal (CYP2E1), est inductible. Chez les buveurs chroniques, elle peut porter l'élimination bien au-delà de 0,20 g/L/h. C'est une forme de tolérance métabolique — qui ne protège en rien du reste, au contraire : le CYP2E1 produit des radicaux libres et sensibilise le foie.
Variantes génétiques : certaines variantes de l'aldéhyde déshydrogénase, très répandues en Asie de l'Est, dégradent mal l'acétaldéhyde. Il s'accumule et provoque rougeur, tachycardie et nausées à faible dose. Ce n'est pas anodin : cette accumulation augmente nettement le risque de cancer de l'œsophage.
Aux toutes dernières traces, quand l'alcoolémie descend sous ~0,1 g/L, l'enzyme n'est plus saturée et la cinétique redevient proportionnelle. La fin de la courbe s'incurve : le modèle linéaire surestime légèrement le temps résiduel.
Ce qui ne fait rien baisser du tout
Aucune de ces méthodes ne modifie l'activité des enzymes hépatiques. Aucune ne change l'alcoolémie d'un millième.
Le café, la boisson énergisante. Pire que neutre : la caféine masque la somnolence sans corriger l'atteinte des réflexes, du jugement et de la vision. On se sent apte alors qu'on ne l'est pas. C'est un facteur reconnu de prise de risque au volant.
La douche froide, le grand air, le sport. Une part infime de l'alcool sort par la sueur et la respiration — négligeable.
Vomir. Ça élimine ce qui est encore dans l'estomac, donc ça peut limiter la suite. Ça ne retire rien de ce qui est déjà passé dans le sang.
Manger après. Le repas ne rattrape pas ce qui est déjà absorbé. Manger avant, en revanche, change réellement le pic.
Il n'existe qu'un seul mécanisme : le temps.
Les seuils légaux en France
Seuils d'alcoolémie au volant en droit français
Situation
Sang
Air expiré
Qualification
Permis classique
< 0,5 g/L
< 0,25 mg/L
Autorisé
Permis probatoire, transport en commun
< 0,2 g/L
< 0,10 mg/L
Autorisé
De 0,5 à 0,79 g/L
0,5–0,79 g/L
0,25–0,39 mg/L
Contravention de 4ᵉ classe — 135 €, retrait de 6 points
À partir de 0,8 g/L
≥ 0,8 g/L
≥ 0,40 mg/L
Délit — jusqu'à 9 000 € et 3 ans d'emprisonnement, retrait de 6 points
Le seuil de 0,2 g/L s'applique pendant toute la période probatoire (3 ans, 2 ans après conduite accompagnée) ainsi qu'aux conducteurs de transports en commun, depuis le 1er juillet 2015. En pratique, il correspond à zéro verre. Les peines applicables au délit ont été relevées par la loi n° 2025-622 du 9 juillet 2025. Références : articles R234-1 et L234-1 du Code de la route.
Un rappel utile : le seuil légal n'est pas un seuil de sécurité. La dégradation du temps de réaction et de l'estimation des distances commence bien avant 0,5 g/L. Être en dessous du seuil signifie qu'on n'est pas en infraction, pas qu'on conduit normalement.
Quand appeler les secours
Une alcoolisation aiguë peut tuer, par dépression respiratoire ou par inhalation de vomissements. Appelle le 15 (SAMU) ou le 112 si la personne :
ne répond pas, ou ne réagit qu'à la douleur ;
respire lentement, bruyamment, ou par à-coups ;
a la peau froide, moite, bleutée ou très pâle ;
vomit sans se réveiller ;
convulse.
En attendant : position latérale de sécurité, couverture, et surtout ne la laisse pas seule. Ne la fais pas boire, ne la fais pas vomir, ne la mets pas sous la douche. Appeler les secours pour une alcoolisation n'expose à aucune poursuite — ni pour la personne, ni pour toi.
Le risque augmente fortement en cas de mélange avec un autre dépresseur du système nerveux central : benzodiazépines, opioïdes, GHB/GBL, certains antihistaminiques. Les effets sur la respiration s'additionnent, et parfois plus que ça.
Méthode & limites
Constantes utilisées
Masse volumique de l'éthanol : 0.789 g/mL à 20 °C — sert à convertir volume et degré en grammes d'alcool pur.
Facteur de distribution générique : 0.68 (profil masculin) et 0.55 (profil féminin), valeurs originales de Widmark. Certains barèmes utilisent 0,70 et 0,60 ; ces valeurs plus élevées abaissent l'estimation. À incertitude égale, on préfère ici l'hypothèse la plus prudente.
Conversion eau corporelle → facteur r : le sang total contient environ 80.6 % d'eau, d'où r = eau corporelle ÷ (0,806 × poids). Sans cette conversion, l'estimation par Watson serait faussée d'environ 20 %.
Constantes d'absorption : 4.0 h⁻¹ à jeun (demi-vie d'absorption ≈ 10 min), 1.8 h⁻¹ après un repas (≈ 23 min). Ce sont des valeurs de calage produisant des délais de pic conformes à ce qui est observé — 25 à 35 minutes à jeun, 60 à 90 minutes après un repas — et non des mesures.
Élimination : 0.15 g/L/h pour la courbe centrale, enveloppe 0.10–0.20 g/L/h.
Il ignore l'effet de premier passage gastrique et hépatique. Toute la dose ingérée est supposée atteindre la circulation, ce qui va dans le sens d'une surestimation.
Il ignore la tolérance fonctionnelle. Deux personnes à 1,2 g/L peuvent avoir des comportements très différents. L'alcoolémie mesure une concentration, pas une capacité.
Il ne modélise pas la remontée par vidange retardée. Un repas très lourd peut libérer l'alcool par vagues et produire des bosses que la courbe lisse.
Il ne tient pas compte des interactions. Certains médicaments modifient l'absorption ou le métabolisme de l'éthanol ; d'autres, notamment les dépresseurs, aggravent les effets sans changer l'alcoolémie.
Il suppose les données exactes. C'est en pratique la plus grosse source d'erreur : le volume réellement servi et le degré réel de la boisson sont rarement ceux qu'on croit.
La calibration ne corrige qu'un paramètre. Un r ajusté sur une mesure absorbe aussi, mécaniquement, toutes les autres erreurs du modèle et de la saisie. Elle améliore l'ajustement, pas nécessairement la justesse.
Sources
Watson, P. E., Watson, I. D. & Batt, R. D. (1980). Total body water volumes for adult males and females estimated from simple anthropometric measurements. American Journal of Clinical Nutrition, 33(1), 27-39.
Widmark, E. M. P. (1932). Die theoretischen Grundlagen und die praktische Verwendbarkeit der gerichtlich-medizinischen Alkoholbestimmung. Urban & Schwarzenberg.
Holford, N. H. G. (1987). Clinical pharmacokinetics of ethanol. Clinical Pharmacokinetics, 13(5), 273-292.
Norberg, Å., Jones, A. W., Hahn, R. G. & Gabrielsson, J. L. (2003). Role of variability in explaining ethanol pharmacokinetics. Clinical Pharmacokinetics, 42(1), 1-31.
Jones, A. W. (2010). Evidence-based survey of the elimination rates of ethanol from blood with applications in forensic casework. Forensic Science International, 200(1-3), 1-20.
Cederbaum, A. I. (2012). Alcohol metabolism. Clinics in Liver Disease, 16(4), 667-685.
Code de la route, articles R234-1 et L234-1 ; loi n° 2025-622 du 9 juillet 2025.
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