Acide γ-hydroxybutyrate
L'acide gamma-hydroxybutyrate (GHB) est un composé chimique dépresseur du système nerveux central, connu pour ses effets sédatifs et euphorisants.
Les effets
Les dosages
Dosages indicatifs
Dosages (par voie)
| Effets | Oral |
|---|---|
| Légers | 0.5 - 1 g |
| Moyens | 1 - 2.5 g |
| Forts | 2.5 - 4 g |
| Très forts | 4 + g |
Valeurs indicatives — dépendant de la pureté, tolérance et méthode d'administration.
Durée / Phases
| Phases | Oral |
|---|---|
| Début | ≈ 45 min |
| Effets principaux | 45 - 90 min |
| Descente | 15 - 30 min |
| Effets résiduels | 2 - 4 h |
Durées approximatives — sujettes à variation suivant la dose, voie et métabolisme individuel.
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Le GHB est une substance dont la pureté peut varier d'un endroit à l'autre, d'une époque à l'autre. Il n'existe pas de "dosage recommandé" sûr sans qu'une analyse n'ait été réalisée par un labo compétent, et sans que vous sachiez correctement doser votre produit. Renseignez-vous sur les différents aspects importants d'une consommation pour réduire au mieux les risques.
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La pharmacologie
L'acide gamma-hydroxybutyrique (GHB) est un acide gras à chaîne courte naturellement présent dans le cerveau des mammifères, où il joue un rôle de neuromodulateur. Métabolite et précurseur du GABA (le principal neurotransmetteur inhibiteur du système nerveux central), le GHB a une pharmacologie complexe et encore partiellement comprise. Utilisé cliniquement sous le nom de sodium oxybate (Xyrem®) dans le traitement de la narcolepsie et de la dépendance à l'alcool, il est aussi un dépresseur récréatif aux effets comparables à ceux de l'alcool.
Profil pharmacologique
CID 10413 · DB01440
Mode d'action Agoniste des récepteurs GHB ; agoniste partiel faible des récepteurs GABAB. Modulation indirecte de la dopamine et du GABA.
Mécanisme d'action
La pharmacologie du GHB se distingue radicalement de celle des empathogènes ou des psychostimulants : il n'agit pas en libérant massivement des monoamines. Son mécanisme repose sur un système dual — un récepteur spécifique au GHB et le récepteur GABAB — dont l'équilibre dépend fortement de la dose. C'est cette dépendance dose-effet, très marquée, qui rend la molécule à la fois intéressante pharmacologiquement et dangereuse en pratique.
Les deux cibles principales
Le GHB possède une très haute affinité pour son propre récepteur spécifique — un récepteur couplé à une protéine G, distinct du système GABAergique. Aux concentrations physiologiques (micromolaires), c'est cette cible qui domine. Son activation stimule la libération de glutamate dans certaines régions cérébrales (cortex, hippocampe) et module indirectement la dopamine. C'est probablement le récepteur responsable des effets euphorisants et prosociaux à faible dose.
Euphorie · Sociabilité · Excitation glutamatergiqueLe GHB est un agoniste partiel faible du récepteur GABAB (Ki = 79–126 μM ; EC50 ≈ 5 mM ; Emax = 69 % par rapport au baclofène). Aux doses récréatives et supraphysiologiques (millimolaires), le récepteur GHB sature et le GABAB prend le relais. Son activation produit une inhibition neuronale généralisée : sédation, relâchement musculaire, ralentissement respiratoire. C'est ce mécanisme qui explique la fenêtre de sécurité très étroite entre la dose récréative et la dose dangereuse.
Sédation · Relaxation musculaire · Dépression du SNCInteraction avec le système dopaminergique
L'effet du GHB sur la dopamine est biphasique — et c'est un point crucial pour comprendre l'expérience. À faible dose, le GHB stimule la libération de dopamine via le récepteur GHB (désinhibition des neurones dopaminergiques de l'aire tegmentale ventrale). C'est cette phase qui produit l'euphorie et le sentiment de bien-être. À forte dose, le GABAB prend le dessus et inhibe la transmission dopaminergique — d'où la sédation profonde et la perte de locomotion.
Euphorie (basse dose) · Sédation (haute dose)Au-delà des cibles principales
Le GHB interagit avec d'autres systèmes neurochimiques qui modulent et complexifient son profil d'effets.
Le GHB est à la fois un métabolite et un précurseur du GABA. In vivo, il est converti en GABA, ce qui active indirectement les récepteurs GABAA et GABAB. De plus, à haute dose, le GHB stimule directement la libération de GABA endogène. Ce triple mécanisme (agonisme GABAB direct, conversion en GABA, libération de GABA) explique la puissance des effets dépresseurs.
Le GHB augmente significativement la sécrétion d'hormone de croissance, principalement par la promotion du sommeil lent profond. C'est d'ailleurs cette propriété qui a conduit à son utilisation (et son détournement) dans les milieux sportifs. L'effet est médié par le système GABAB.
L'activation du récepteur GHB spécifique stimule la libération de glutamate, le principal neurotransmetteur excitateur du cerveau. C'est paradoxal pour un « dépresseur » : à faible dose, le GHB a en réalité une composante excitatrice qui contribue à l'euphorie et à la stimulation cognitive. À très haute dose, cette activation glutamatergique peut provoquer des crises d'absence (absence seizures) chez l'animal.
Plusieurs études montrent que la naloxone et la naltrexone (des antagonistes opioïdes) peuvent partiellement inverser certains effets du GHB sur la libération de dopamine. Le mécanisme exact reste débattu, mais il suggère une interaction entre le système GHB/GABAB et les voies opioïdes endogènes — une piste qui pourrait éclairer les propriétés addictives de la molécule.
GBL et 1,4-BD : les précurseurs
On ne consomme pas toujours du GHB directement. Deux molécules voisines fonctionnent comme des pro-drogues : inactives en elles-mêmes, elles sont converties en GHB par l'organisme une fois ingérées. Ce sont aussi, à l'origine, des solvants industriels.
Rapidement transformé en GHB par les lactonases présentes dans le sang. Plus lipophile que le GHB, il est absorbé plus vite, présente une biodisponibilité plus élevée et une montée plus brutale — ce qui rapproche son potentiel d'abus de celui du GHB. Sous forme concentrée, c'est un liquide caustique : le doser au goutte-à-goutte est encore plus risqué.
Converti en GHB via l'alcool déshydrogénase puis l'aldéhyde déshydrogénase. Moins bien caractérisé et impliqué dans des surdosages, il a une particularité : il entre en compétition avec l'éthanol pour les mêmes enzymes. En cas de mélange avec l'alcool, ses effets peuvent être prolongés et imprévisibles.
GBL et 1,4-BD sont des solvants : sous forme concentrée, ils sont corrosifs et bien plus dangereux à manipuler que le GHB lui-même.
L'addictivité
Évaluez vos consos avec le DUDIT !
Le
Drug Use Disorder Identification Test
Le questionnaire que vous pouvez
utiliser sur cette page est réadapté du questionnaire DUDIT, utilisé par de nombreux
professionnels de santé en addictologie.
Hildebrand, M. (2015).
The psychometric properties of the drug use
disorders identification test (DUDIT): a review of recent research. Journal of
substance abuse treatment, 53, 52-59.
DOI:10.1016/j.jsat.2015.01.008,
ou DUDIT, est un test que vous pouvez faire si vous avez un doute sur votre consommation. Seul.e
vous pourrez voir le résultat.
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Les risques sur la santé
Une fenêtre thérapeutique très étroite
Le danger central du GHB ne tient pas à une toxicité d'organe à long terme, mais à la faible distance qui sépare une dose plaisante d'une dose dangereuse. On parle d'index thérapeutique étroit : quelques dixièmes de gramme suffisent à faire basculer une expérience agréable vers une sédation profonde. À titre indicatif, une dose supérieure à environ 5 g expose à des convulsions, des vomissements et une perte de conscience, et une dose proche de 10 g augmente fortement le risque de décès L'index thérapeutique étroit du GHB rend son usage dangereux : l'intoxication n'est pas rare dès qu'on titre mal les doses, et la toxicité dépend directement de la quantité ingérée. Tay, E., Lo, W. K. W., & Murnion, B. (2022). Current insights on the impact of gamma-hydroxybutyrate (GHB) abuse. Substance Abuse and Rehabilitation, 13-23. DOI: 10.2147/SAR.S315720. La difficulté à doser précisément une solution liquide rend cette marge d'autant plus traîtresse : un même flacon « maison » peut varier d'une fournée à l'autre.
Dépression du système nerveux central
À dose excessive, le GHB déprime massivement le système nerveux central. Le tableau clinique associe le plus souvent bradycardie (ralentissement du cœur), hypotension, hypothermie et dépression respiratoire, parfois accompagnées d'agitation, d'ataxie, d'amnésie, de vomissements, de crises d'épilepsie, voire d'apnée et de coma. C'est le fameux « G-hole » : une perte de conscience brutale, difficile à anticiper.
Point important : la plupart de ces symptômes se résorbent en 4 à 8 heures, grâce à la demi-vie très courte de la molécule. Le risque vital tient donc surtout à ce qui peut arriver pendant l'inconscience — fausse route et inhalation de vomissures, asphyxie, œdème pulmonaire — bien plus qu'à une toxicité directe prolongée.
Réagir face à une perte de conscience
Une personne qui « tombe » sous GHB ne doit jamais être laissée seule. Place-la en position latérale de sécurité (sur le côté) pour éviter l'étouffement en cas de vomissement, surveille sa respiration, et n'hésite pas à appeler les secours (15 ou 112) en cas de doute — la loi protège celui ou celle qui appelle pour porter secours. Inutile et risqué de tenter de « réveiller » la personne avec un stimulant : ça masque les signaux du corps sans lever la dépression respiratoire.
Les mélanges
Interactions dangereuses
Additionner deux dépresseurs qui agissent sur le système GABA est l'une des combinaisons les plus risquées qui soient. Le mélange GHB + alcool est particulièrement dangereux, parfois mortel : les deux dépriment la respiration et la vigilance, et leur association augmente nettement le risque de coma, le besoin de soins intensifs et la durée d'hospitalisation. La même logique vaut pour les benzodiazépines et les autres sédatifs.
Les antihistaminiques sont également à éviter, et la kétamine constitue un mélange à haut risque. À l'inverse, masquer la sédation du GHB avec un stimulant (cocaïne, amphétamine) ne supprime pas le danger : ça brouille les signaux du corps et favorise le redosage compulsif, l'une des principales causes d'overdose au GHB.
Tous les mélanges ne présentent pas les mêmes risques. Voyez plus en détail dans le bloc qui suit.
Culture, histoire & récits
D'un anesthésique de laboratoire à la piste de danse
Avant d'être une drogue festive, le GHB est d'abord une molécule du vivant : un neuromodulateur naturellement présent dans le cerveau des mammifères. Synthétisé et étudié dès les années 1960, il a été exploré comme anesthésique, puis trouve aujourd'hui un usage clinique sous le nom de sodium oxybate (Xyrem®) dans le traitement de la narcolepsie et de la dépendance à l'alcool.
Depuis les années 1990, il s'est aussi installé dans les milieux festifs — pour « swinguer » en club ou se détendre entre potes — et figure désormais parmi les trois substances les plus présentes dans le chemsex. Cet usage très contextuel explique en partie pourquoi sa réputation oscille entre molécule thérapeutique et substance diabolisée.
« La drogue du viol » : démêler le mythe du réel
Le GHB est régulièrement présenté comme « la drogue du viol ». La réalité est plus nuancée, et la confondre avec un raccourci nuit autant à la prévention qu'aux victimes. Quand on parle de soumission chimique, les données des centres de pharmacovigilance pointent d'abord vers les anxiolytiques et les antihistaminiques, et l'alcool reste de loin le facilitateur le plus fréquent D'après les enquêtes de l'ANSM sur la soumission chimique, les substances le plus souvent identifiées sont des médicaments psychoactifs (benzodiazépines, antihistaminiques sédatifs), l'alcool étant fréquemment associé. ANSM — Soumission chimique : résultats de l'enquête nationale. ansm.sante.fr ↗.
S'ajoute une raison pharmacologique : le GHB est éliminé très vite de l'organisme. Cette demi-vie courte complique sa détection après coup, mais en fait aussi un outil bien moins « pratique » que ne le laisse penser le récit médiatique. Le but n'est pas de nier qu'une substance puisse être détournée — ça arrive — mais de refuser un raccourci stigmatisant qui détourne l'attention des vrais leviers de prévention.
Bibliographie
Sources et références
-
Van Amsterdam, J., et al. (2022). Cognitive impairment following clinical
or recreational use of gammahydroxybutyric acid (GHB): a systematic review. Current
Neuropharmacology, 20(4), 809.
PubMed Central : PMC9878963 ↗ -
Tay, E., Lo, W. K. W., & Murnion, B. (2022). Current insights on the
impact of gamma-hydroxybutyrate (GHB) abuse. Substance Abuse and Rehabilitation, 13-23.
DOI: 10.2147/SAR.S315720 -
Brunt, T. M., van Amsterdam, J. G. C., & van den Brink, W. (2014).
GHB, GBL and 1,4-BD Addiction. Current Pharmaceutical Design, 20(25), 4076-4085.
PubMed : 24001290 ↗ -
Busardo, F. P., & Jones, A. W. (2015). GHB pharmacology and toxicology:
acute intoxication, concentrations in blood and urine in forensic cases and treatment of the
withdrawal syndrome. Current Neuropharmacology, 13(1), 47-70.
DOI: 10.2174/1570159X13666141210215423 -
Hildebrand, M. (2015). The psychometric properties of the drug use disorders
identification test (DUDIT): a review of recent research. Journal of Substance Abuse
Treatment, 53, 52-59.
DOI: 10.1016/j.jsat.2015.01.008
Sur les précurseurs (GBL & 1,4-BD)
-
Busardò, F. P., Gottardi, M., et al. (2018). Replacing GHB with GBL in
recreational settings: a new trend in chemsex. Current Drug Metabolism, 19(13), 1080-1085.
ingentaconnect.com ↗ -
Stefani, M., & Roberts, D. M. (2020). 1,4-Butanediol overdose mimicking
toxic alcohol exposure. Clinical Toxicology, 58(3), 204-207.
DOI: 10.1080/15563650.2019.1617419