Syndrome sérotoninergique

Certaines drogues agissent directement et fortement sur le système sérotoninergique, via les récepteurs 5-HT. Ces récepteurs sont disposés en sept « familles », du 5-HT1 au 5-HT7, qui ont chacune des sous-types. Ceux qui nous intéressent particulièrement quand on parle de syndrome sérotoninergique sont les 5-HT1A et les 5-HT2A. Dans le pire des cas, un tel syndrome peut tuer, alors soyez prudent.es !

Il existe de nombreuses drogues qui peuvent provoquer un tel syndrome, la MDMA en fait partie !

Les symptômes du syndrome sérotoninergique sont à observer dans 3 dimensions : l'état neuro-musculaire, l'état du système nerveux autonome, et l'état mental.

Evidemment, il est important de prévenir les secours très vite lorsqu'on est témoin d'un syndrome sérotoninergique (comme tout soucis de santé lié à une conso).

Outil : échelle du coma de Glasgow (CGS). Il permet de mesurer l'état de conscience d'une personne. Un score faible est très inquiétant, il faut appeler les secours !

Les drogues qui peuvent provoquer un syndrome sérotoninergique.

Les drogues sérotoninergiques en général comportent un risque lorsque la dose est trop élevée ou que deux drogues avec la même action sur la sérotonine sont mélangées.

Sur la figure qui suit, nous pouvons voir une liste de drogues et leur rapport sérotonine/dopamine. C’est-à-dire que la drogue tout en haut a une action surtout sérotoninergique, tandis que celle tout en bas a une activité surtout dopaminergique. Les drogues les plus hautes sont donc celles avec lesquelles il faut faire le plus attention au syndrome sérotoninergique.

dat/sert

Luethi, D., Liechti, M.E. Designer drugs: mechanism of action and adverse effects. Arch Toxicol 94, 1085–1133 (2020). https://doi.org/10.1007/s00204-020-02693-7  Sélectivité dopaminergique (DAT) vs sérotoninergique (SERT) d’une variété de stimulants. Les stimulants dont le rapport DAT/SERT est faible (< 0,1) sont susceptibles d’induire des effets entactogènes semblables à ceux de la MDMA, tandis que les substances dont le rapport DAT/SERT est élevé (> 10) sont associées à des effets psychostimulants distincts et à un potentiel d’abus élevé. Le rapport DAT/SERT est exprimé comme suit : 1/CIC50 DAT : 1/CIC50 SERT.

Classes de drogues
Combinaisons de drogues
Inhibiteurs de monoamine oxydase (MAOI)
MAOI + ISRS ou SNRI ou antidépessurs tricycliques ou opioïdes ; Imipramine + tranylcypromine ; Phenelzine + meperidine ; Methylene + clomipramine ou paroxetine
Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS)
ISRS + MAOI ou antidépresseurs tricycliques ou SNRI ou opioïdes ou triptants ; Fluoxetine + carbamazepine ou phentermine ou fentanyl
Inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (SNRI)
SNRI + antidépresseurs tricyclique ou MAOI ou opioïdes ou triptants ; Venlafaxine + lithium ou inhibiteurs de la calcineurine ou mirtazapine ou tranylcypromine
Autres antidépresseurs
Mirtazapine + SSRI ; Trazadone + amittriptyline + lithium
Opioïdes
Opioïdes + MAOI ou ISRS ou SNRI ou triptans
Médicaments pour le rhume
DXM + ISRS ou antidépresseurs tricycliques ou antipsychotiques atypiques
Antipsychothiques atypiques
Olanzapine + citalopram et lithium ; Risperidone + paroxetine ou fluoxetine
Antibiotiques/antifongiques
Linezolid + ISRS ou tapentadol ; Fluconazole + citalopram ; Ciprofloxacin + methadone + venlafaxine
Tableau tiré et adapté de : Scotton, W. J., Hill, L. J., Williams, A. C., & Barnes, N. M. (2019). Serotonin syndrome: pathophysiology, clinical features, management, and potential future directions. International Journal of Tryptophan Research, 12, 1178646919873925.

Ce tableau propose une liste non exhaustive des combinaisons pouvant favoriser un syndrome sérotoninergique. Si vous avez un traitement qui apparaît dans ce tableau, restez vigilant si vous comptez consommer un psychotrope sérotoninergique pour vous amusez !

Apprenez à repérer les symptômes d'un syndrome sérotoninergique !

Je vous propose ici d’apprendre les symptômes du syndrome sérotoninergique pour mieux le repérer et pour assister les personnes autour de vous. Une étude permet de simplifier les symptômes en trois dimensions différentes : état neuro-musculaires, état du système nerveux autonome, état mental. Chacun des états peut être affecté sévèrement, modérément ou légèrement.

Le syndrome sérotoninergique survient lorsqu’il y a une libération trop importante de sérotonine dans le corps, ce qui induit un certain nombre de symptômes qu’il est important de savoir repérer.

Signes digestifs : nausées, diarrhées

Signes psychiatriques : agitation, hypomanie, hallucinations, confusion, nervosité importante, insomnie

Signes neurologiques : tremblements, rigidité musculaire, hyperréflexie

Signes du système nerveux autonome : tachycardie, baisse ou élévation de la pression artérielle, sueurs importantes, hyperthermie

 

Schéma tiré et adapté de : Scotton, W. J., Hill, L. J., Williams, A. C., & Barnes, N. M. (2019). Serotonin syndrome: pathophysiology, clinical features, management, and potential future directions. International Journal of Tryptophan Research, 12, 1178646919873925.

Une autre étude permet de hiérarchiser les symptômes en les situant sur le corps, et en fonction de leur sévérité. En cas de syndrome sérotoninergique, il est primordial d’alerter les services d’urgence et d’être parfaitement honnête avec eux en ce qui concerne les produits consommés afin qu’ils vous aident au mieux à sauver vos proches et/ou vous-mêmes.

Schéma tiré et adapté de : Francescangeli, J., Karamchandani, K., Powell, M., & Bonavia, A. (2019). The serotonin syndrome: from molecular mechanisms to clinical practice. International journal of molecular sciences, 20(9), 2288.

Les signes et les symptômes du syndrome sérotoninergique varient en fonction de leur gravité. Les symptômes légers peuvent facilement passer inaperçus et se manifester par une simple diarrhée et des symptômes pseudo-grippaux. Si la maladie n’est pas reconnue et si les drogues responsables ne sont pas arrêtées, elle peut rapidement évoluer vers une rigidité musculaire, une hyperthermie sévère et la mort.

Toxicité sévère

État neuro-musculaire

  • Arrêt respiratoire
  • Rigidité musculaire ++

 

État du système nerveux autonome

  • Hyperthermie sévère

 

État mental

  • Score faible sur l’échelle du coma de Glasgow (GCS – disponible sur cette page tout en bas !)
  • Confusion
Toxicité modérée

État neuro-musculaire

  • Contractions musculaires ++
  • Tremblements

 

État du système nerveux autonome

  • Hyperthermie (<38.5°C)
  • Transpirations ++
  • Rougissement

 

État mental

  • Agitation
Toxicité légère

État neuro-musculaire

  • Hyperréflexie
  • Contractions musculaires

 

État du système nerveux autonome

  • Tachychardie
  • Hypertension

 

État mental

  • Anxiété
Effets secondaires communs des drogues

Les drogues consommées peuvent avoir des effets secondaires qui provoquent des réflexes vifs, la diarrhée, la nausée ou encore l’insomnie.

Ces symptômes pris isolés n’indiquent pas nécessairement un syndrome sérotoninergique.

Le plus souvent, l’hyperréflexie et les contractions musculaires sont plus fortes dans les membres inférieurs. Dans le syndrome sérotoninergique modéré, en plus de l’hyperthermie (>40 °C), les personnes développent généralement des anomalies des mouvements oculaires, de l’agitation, des difficultés d’élocution et une hypervigilance. Elles peuvent également sursauter facilement ou développer un trouble inhabituel du mouvement caractérisé par une rotation répétitive de la tête avec le cou maintenu en extension.

Dans les cas graves, en plus des symptômes ci-dessus, les patients ont généralement une température supérieure à 41,1 °C, une instabilité hémodynamique/autonome, des bruits intestinaux, un délire et une rigidité musculaire. Les complications dans les cas graves comprennent les convulsions, l’insuffisance rénale, l’acidose métabolique, la rhabdomyolyse, la coagulation intravasculaire disséminée, le syndrome de détresse respiratoire aiguë, l’insuffisance respiratoire et même la mort.

Le syndrome sérotoninergique ne dispose pas d’un test diagnostique unique qui le confirme. Il s’agit d’une construction abstraite combinant divers concepts, signes cliniques et symptômes, qui vise à relier les signes d’hyperexcitabilité du système nerveux central à un excès présumé de sérotonine induit par des psychotropes. Étant donné les multiples formes que peut prendre l’hyperexcitabilité, associées à la capacité de multiples voies non sérotoninergiques à manifester des symptômes similaires, il est difficile d’établir un diagnostic unique et infaillible. 

Un diagnostic plausible de syndrome sérotoninergique ne peut donc être posé que lorsqu’il existe une forte probabilité qu’une ou plusieurs drogues sérotoninergiques (MDMA, tramadol…) ont été consommées juste avant. Dans ce contexte, il est essentiel de disposer d’une définition stricte de ce qui est considéré comme un psychotrope sérotoninergique, à savoir qu’il provoque une augmentation généralisée de la 5-HT endogène et/ou active les récepteurs 5-HT directement ou indirectement, ainsi que la production de signes cliniques comme présentés dans le graphique ci-dessus.

Que faire quand on assiste à un syndrome sérotoninergique ?

Bien évidemment, que vous soyez chez vous, en teuf ou ailleurs, appeler les secours est indispensable. Une personne qui subit ce syndrome a besoin d’une assistance médicale et d’une surveillance constante pour plusieurs raisons.

  • Tout d’abord, il faut évidemment stopper la consommation de psychotropes, notamment les drogues agissant sur la sérotonine.
  • Ensuite, il faut surveiller les signes vitaux et observer leur évolution (saturation en oxygène, surveillance de l’activité cardiaque…), ce qui n’est faisable que par les services d’urgence !
  • Il est possible que la situation de la personne nécessite l’administration de médicaments pour contrecarrer les symptômes du syndrome, et seul un médecin avec du personnel soignant peut organiser ça de manière précise et adaptée. La sédation avec des benzodiazépines (diazépam par exemple) peut aider dans ce cadre.
  • Dans les cas les plus graves, les médecins peuvent utiliser des antagonistes à la sérotonine (des médicaments bloquant/diminuant l’action du 5-HT dans le corps).

Dans ces conditions et pris en charge par les bonnes personnes, celui ou celle qui vit un syndrome sérotoninergique peut s’en sortir correctement en 24 à 72 heures, mais cela dépend bien entendu des drogues consommées, de leur durée d’action, des doses ingérées, des éventuels mélanges, de l’état de santé de la personne au départ, et bien d’autres facteurs difficiles à contrôler. Sans intervention adaptée, un décès peut très vite survenir.

Que faire en attendant que les secours arrivent ?

  1. Assurez-vous de la sécurité de la personne, éloignez les objets dangereux.
  2. Faites en sorte qu’elle ne puisse pas tomber et se faire mal en chutant.
  3. Veiller à ce que la personne ne re-consomme pas, peu importe les produits. Faites ça dans la mesure du possible, ne vous battez pas avec la personne !
  4. Aidez la personne à se rafraichir, l’hyperthermie aggrave le danger. De l’eau, de l’eau, de l’eau !
  5. Si vous arrivez à savoir ce que la personne a consommé, depuis quand, et en quelles quantités, gardez ces infos pour les secours !

Echelle du coma de Glasgow (Glasgow Coma Scale - GCS)

Cette échelle permet de mesurer le niveau de conscience d’une personne, mesure qui permet d’ajouter un élément au diagnostic du syndrome sérotoninergique. Du coup la voilà ici, vous pouvez l’utiliser si besoin ! Elle existe aussi en application.

Glasgow Coma Scale

Glasgow Coma Scale

Ouverture des yeux (Y)

Réponse verbale (V)

Réponse motrice (M)

Décortication ?

Elle se traduit cliniquement par une flexion des extrémités du membre supérieur et une flexion du tronc.

De plus, elle peut être accompagnée d’une extension des extrémités des membres inférieurs.

La position de décortication implique une lésion sous-corticale supérieure aux noyaux rouges du mésencéphale. Lorsque les noyaux rouges sont atteints, on observe plutôt la position de décérébration.

La décortication comme la décérébration sont des signes de très mauvais pronostic avec un risque élevé d’arrêt cardiorespiratoire.

Décérébration ?

De façon générale, la décérébration est un signe clinique d’atteinte du tronc cérébral, plus principalement à sa partie supérieure (mésencéphale).

Elle se traduit par une extension (rigidité) des extrémités du membre supérieur, de même qu’une pronation de ceux-ci (rotation vers l’arrière de l’avant-bras).

Elle peut s’accompagner d’une extension au niveau du membre inférieur.

On peut entre autres la retrouver à la suite de lésions cérébrales sévères, comme cela peut être le cas des comas causés par traumatisme crânien ou hernie cérébrale.

La décérébration comme la décortication sont des signes de mauvais pronostic avec un risque élevé d’arrêt cardiorespiratoire.